Normalité normale

L’anomalie de l’accord-cadre de l’UE devient flagrante.Grâce à la nouvelle normalité des relations helvético-britanniques.

Fin mars, le Brexit sera réalité. La deuxième puissance économique derrière l’Allemagne quittera l’UE. Ce sera probablement un Brexit dur, autrement dit une sortie sans accord, sans filet de sécurité.

À vrai dire, nos conseillers fédéraux, nos associations et nos dirigeants économiques, nos politiciens et les employés de nos administrations devraient pousser des hauts cris, tirer toutes les sonnettes d’alarme, déclarer l’urgence nationale.

Car le pire des mauvais scénarios imaginables, les plus sombres des sombres perspectives, c’est-à-dire une «situation sans contrat», que tous les milieux précédemment mentionnés évoquent s’agissant de l’UE depuis des mois comme perspective horrifiante, menacent un partenaire économique important.

Jour après jour, nous lisons dans la Neue Zürcher Zeitung, nouvel organe chef de file des eurocrates et des théoriciens de la bureaucratie économique, l’inlassable mise en garde contre la soi-disant menace majeure pour la Suisse, celle de «relations hors cadre» avec l’Union européenne, et que seule la conclusion rapide d’un accord-cadre institutionnel serait susceptible de sauver la Suisse de cette vacuité, de ce néant, de ce vide dus à une absence supposée de règles.

Ils parlent comme si les entreprises suisses qui opèrent à l’international ne pouvaient pas vendre leurs produits et services à l’étranger parce qu’elles proposent de bons produits réellement nécessaires, à des prix compétitifs, mais uniquement parce qu’on leur fait grâce d’un accord sophistiqué, concocté par des fonctionnaires, dont elles pourront charitablement profiter, car sans lui personne n’aurait l’idée de leur acheter ne serait-ce qu’un crayon.

Il est clair pour tous ceux qui s’occupent d’économie de marché, dans la pratique et non en théorie, que cette vision du monde répétée, sans qu’on y redise, dans les médias et par des pans entiers des milieux politiques, passe totalement à côté de la réalité du secteur des exportations suisses.

L’ampleur de la fausseté de cette vision du monde est maintenant mise à nu par les relations qui sont en train de se tisser entre la Suisse et la Grande-Bretagne post-Brexit. Au lieu de geindre et de se plaindre, comme elle le fait auprès de l’UE, la Berne fédérale est en train de signer tranquillement des accords commerciaux avec les Britanniques, accords qui permettront de poursuivre le libre-échange entre les deux États en toute normalité et, qui plus est, bilatéralement réglementé, même après le Brexit.

Berne s’entend facilement avec Londres, et je le souligne – sans aucun problème –, même sur des contingents de circulation des personnes qui avaient purement et simplement été déclarés impossibles lors de la non-application de la décision populaire contre l’immigration de masse. Enfin, n’oublions pas que la Grande-Bretagne qui est une place financière d’envergure compte particulièrement en matière d’échange de personnes pour la Suisse. Si l’on peut s’entendre sur la liberté de circulation avec les Britanniques, on le pourra également avec l’Allemagne, la Suède ou la Finlande.

Croyez-le ou non! il est à tout moment possible de conclure des accords raisonnables avec des États raisonnables, sur un pied d’égalité, dans un intérêt mutuel, donc bilatéral. Il n’est point besoin de contrat-cadre, de rattachement institutionnel, de reprise imposée du droit, de juges étrangers, de pseudo-tribunaux d’arbitrage ni de guillotines.

Quand il parle de l’UE, le Conseil fédéral dit toujours qu’il faut arriver à une «normalisation» des relations avec Bruxelles et que l’instrument pour y parvenir est l’accord institutionnel. La nature anormale de l’accord institutionnel et la promotion apparemment aberrante qu’en fait le Conseil fédéral se révèlent dans la bienfaisante normalité bilatérale des relations entre la Suisse et la Grande-Bretagne de l’ère post-Brexit.

Cette normalité tout à fait normale de relations de libre-échange, d’égal à égal, sur le modèle du présent accord helvético-britannique, Simonetta Sommaruga nous a expliqué à maintes reprises au Palais fédéral en grande philosophe suisse de l’économie pourquoi de telles relations de libre-échange ne sont pas suffisantes, pourquoi il nous faut plus, pourquoi nous devons dans notre propre intérêt passer sous les fourches caudines de Bruxelles pour avoir la prospérité, la recherche et un avenir.

Les nouveaux accords avec la Grande-Bretagne révèlent maintenant dans toute leur ampleur la vacuité de telles affirmations.

Le quémandage rampant, cette mentalité servile de bureaucrate, la surestimation démesurée d’une administration qui n’arrête pas de grandir et qui visiblement contrôle à distance le Conseil fédéral, tout cela s’impose à l’évidence à la politique étrangère fonctionnarisée de la Suisse. Espérons par conséquent que ce soit une expérience salutaire pour tous les acteurs concernés quand les choses fonctionnent autrement, quand on conclut des accords bilatéraux classiques, d’égal à égal, entre partenaires différents, avec un grand État libéral, au passé riche comme la Grande-Bretagne.

Que personne ne vienne me dire que de tels accords ne seraient pas possibles avec l’Allemagne, l’Italie, la France ou la Pologne, après leur départ de l’UE! Ou bien que nos milieux gouvernementaux ne puissent plus imaginer les avantages et la normalité d’une véritable relation bilatérale tellement ils sont empêtrés, mentalement prisonniers ou complices, dans l’hyperbureaucratie bruxelloise! On m’a expliqué dans une ferme ornithologique au Pays de Galles que même de fiers oiseaux de proie s’habituent à la captivité lorsque quelqu’un dépose régulièrement de la nourriture et de l’eau dans leur gamelle.

L’exemple parfait de la Grande-Bretagne dévoile à quel point l’administration fédérale, le Conseil fédéral qui lui est asservi et les associations économiques totalement bureaucratisées approchent l’Union européenne avec une servilité exagérément anxieuse.

 

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