La peur règne

Et mettre le doigt sur la peur fait gagner.

Pourquoi l’UDC a-t-elle gagné haut la main il y a tout juste quatre ans et raflé la mise? La réponse est simple: parce qu’elle a évoqué de manière magistrale la peur d’une catastrophe migratoire.

Pourquoi les rouges-verts et les Vert’libéraux ont-ils considérablement progressé seulement quatre ans plus tard, alors que l’UDC précédemment victorieuse a de nouveau dégringolé? Tout simplement parce que les Verts ont évoqué de manière magistrale la peur d’une catastrophe climatique.

Être maîtres des peurs des électeurs, les utiliser et les contrôler permet de remporter des élections. Il y a quatre ans, c’était la migration; aujourd’hui, c’est le climat, la peur de la fonte des glaciers, des canicules, de la sécheresse, des ours polaires suant à grosses gouttes, des tsunamis et des tempêtes, conséquences des péchés de l'humanité avide de prospérité.

Des historiens vont devoir étudier par quel miracle précisément la Suisse, ce pays au zénith de son opulence où il fait bon vivre, a pu se laisser subjuguer avec une telle fébrilité par cette panique apocalyptique.

Le sentiment de bien-être matériel engendre les pires monstres. C’est peut-être aussi une ruse de la nature humaine que la mauvaise conscience nous frappe toujours le plus durement quand nous sommes au mieux de notre forme – une réassurance psychologique contre la frivolité toujours à l’affût.

Ce qui vaut à petite échelle pour la Suisse vaut également pour la planète. La vogue des Verts qui veulent empêcher l’effondrement climatique s’inscrit dans une décennie privilégiée qui connaît dans le monde entier une hausse des niveaux de vie, un vieillissement dans de bonnes conditions et une baisse de la mortalité infantile.

Jamais auparavant, autant de personnes sur la planète n’avaient bénéficié d’une telle prospérité, même si elle est souvent modeste. Soit dit en passant, le gouvernement chinois est parvenu à sortir de la misère la plus noire quelque 800 millions de Chinois grâce aux centrales thermiques au charbon qui réchauffent l'atmosphère.

Les émissions de CO2 d’origine anthropique qui grimpent en flèche sont la conséquence et le symptôme de ces poussées de prospérité mondiale. Vouloir arrêter le CO2, c’est vouloir tuer la prospérité – et faire retourner des milliards de personnes dans la pauvreté, la misère et la guerre.

Personne ne conteste que la croissance économique et démographique gigantesque cause des problèmes environnementaux.

Les déchets qui envahissent les océans, la destruction des forêts tropicales, l’extinction d’espèces d’insectes inconnues jusqu’à leur extinction, mais dont la disparition nous touche d’autant plus, toutes ces nouvelles affligent sincèrement les habitants de l’îlot de richesse qu’est la Suisse et les font frémir compatissants. Tant qu’aucune autre menace imminente ne vient les assombrir.

 

Heureux le pays qui peut se préoccuper du sauvetage de lointaines forêts tropicales, de la préservation de ses glaciers ou d’espèces d’insectes inconnues. Pouvoir se fixer ce genre de priorités signifie avoir derrière soi les difficultés inhérentes à l’assurance de sa subsistance quotidienne, ou du moins le croire.

La Suisse vit comme un héritier millionnaire qui dépense la fortune de ses parents en œuvres caritatives afin de racheter ainsi les supposés crimes moraux que ses parents auraient commis, selon lui, en bâtissant leur fortune.

Le fait que la peur de la fin du monde se développe juste à des moments où la fin du monde semble être aussi éloignée que jamais n’enlève rien de la pertinence de la peur de la fin du monde.

La probabilité que la catastrophe se produise un jour n’entre ici pas en ligne de compte. Ce qui compte, c’est la peur. L’essentiel est que les gens croient à la catastrophe, ou du moins qu’ils veuillent s’imaginer qu’en votant pour un certain parti ils font quelque chose pour éviter la catastrophe.

Les contradictions ne troublent quasiment pas cette noble perception morale que l’on a de soi. Jamais autant de personnes n’avaient manifesté en Suisse pour le climat. Jamais autant de Suisses n’avaient pris l’avion pour partir en vacances l’été dernier.

 

Les grandes peurs, les poussées de fièvre collectives de peur ne se laissent pas réfuter par des arguments rationnels. On ne peut combattre politiquement une peur que par une autre peur.

On aurait pu, par exemple, essayer de contrer la peur relativement abstraite d’une catastrophe climatique encore actuellement à l’état de menace par la peur théoriquement moins abstraite des conséquences de la politique climatique attisée par la panique.

L’UDC l’a tenté. Mais son combat contre le rouleau compresseur du discours sur la catastrophe climatique n’a pas eu prise sur toutes ces émotions apocalyptiques. Pas encore. Les chiffres sont restés plus abstraits que les images de l’avenir et les scénarios alarmistes du changement climatique.

Inversement, les Verts ont réussi à vendre aux gens un message simple: «Votez pour nous et pratiquez le renoncement pour permettre à l’humanité de survivre». Qui est contre le sauvetage de son espèce tant que cela ne coûte rien?

Peut-être que rien n'est plus caractéristique de cette année électorale que le fait que l'agenda politique ait été dicté par des enfants et des adolescents dont le signe distinctif est d’avoir fait l’école buissonnière.

Greta Thunberg est l’icône de ces jeunes qui tournent le dos à l’école, une jeune fille qui n’a pas le temps d’étudier mais qui sait tout; la voix sévère et tremblante de l’illumination qui ne tolère aucune discussion.

Des enfants font de la politique. Mais les enfants sont de petits despotes et une politique qui les écoute deviendra tôt ou tard despotique.

L’Europe n’a pas sombré en dépit de l’arrivée des migrants. Le monde va-t-il se fracasser sur le climat? Peut-être. Peut-être que l’économie mondiale s’effondrera l’année prochaine et que de nouvelles peurs occuperont le devant de la scène.

La politique fonctionne sur la peur, même fantasmée. Et mettre le doigt sur la peur fait gagner.

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Alex Baur, Redaktor

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