Au menu

Seuls les veaux les plus stupides choisissent eux-mêmes leurs bouchers.

Ce que les hauts fonctionnaires européens pensent de la Suisse se précise. Le président sortant de la commission, Jean-Claude Juncker, a un jour qualifié la Suisse d’«aberration géostratégique», de «tache honteuse». Or que fait-on d’une tache? On la fait disparaître. Il y a quelques mois, Manfred Weber, de son état ex-favori malchanceux à la succession de Juncker, s’est plaint des «Suisses entêtés» qui rechigneraient par tous les moyens à signer l’accord-cadre tant appelé de ses vœux par l’UE. Weber estimait qu’il allait falloir «changer de ton» avec les Confédérés. Peu avant les vacances d’été, Johannes Hahn, commissaire européen autrichien a, quant à lui, considéré, très remonté, que la Suisse avait urgemment besoin d’un «coup de semonce», car elle jouerait la montre avec l’accord-cadre. Le collègue de Hahn, Michael Matthiessen, ambassadeur de l’UE à Berne, en a remis une couche menaçant, dixit, «de vous retrouver au menu si vous n’êtes pas autour de la table». En d’autres termes, si la Suisse continue de refuser sa signature à l’accord-cadre, elle sera mangée par l’UE. Peut-on conclure un traité avec des gens qui veulent vous mettre au menu? Peut-être. Si c’est un bon traité. On ne doit toutefois, en aucun cas, donner par un traité le pouvoir sur la Suisse et sur sa législation à ceux qui disent de telles bêtises et qui veulent manger la Suisse. On ne se rend pas à ses adversaires. Seuls les veaux les plus stupides choisissent eux-mêmes leurs bouchers. Or c’est précisément ce qu’envisagent de nombreux politiciens au Palais fédéral. Comme Juncker, Weber, Hahn et Matthiessen, ils exigent la signature rapide de l’accord-cadre institutionnel avec l’UE. Ce traité ferait de la Suisse un membre passif, une colonie de l’UE sur le plan juridique. Bruxelles dicte, la Suisse obéit. Le peuple, les cantons, le Parlement et le Tribunal fédéral seraient dépossédés de leurs pouvoirs.

Seuls les veaux les plus stupides choisissent eux-mêmes leurs bouchers: les deux conseillers aux États zurichois, Daniel Jositsch (PS) et Ruedi Noser (PLR), sont tous deux de fervents défenseurs de cet accord institutionnel qui permettrait à l’UE de prendre le pouvoir sur des éléments essentiels de notre système juridique. Ils sont tous deux prêts à laisser la barre à des personnes comme Juncker, Hahn ou Matthiessen qui parlent de la Suisse comme jadis les colons américains parlaient des Indiens. Si l’accord-cadre passe, les électeurs ne seront pas les seuls à perdre leurs droits populaires. On n’aura plus besoin non plus, ou presque pas, de conseillers nationaux ni de conseillers aux États. Pour transcrire les lois dictées par Bruxelles, il n’est pas nécessaire d’avoir 246 parlementaires. Il suffit de quelques avocats et fonctionnaires à Berne. Noser, Jositsch et consorts qui prennent fait et cause pour l’accord-cadre sont, tout compte fait, leurs propres fossoyeurs.

Les associations économiques désirent aussi vivement rattacher la Suisse à l’UE. Notre pays serait indubitablement encore plus sous l’influence, sous la coupe politique de l’UE. Il serait beaucoup plus difficile de faire autrement et mieux. Les impôts et les redevances augmenteraient. Une vague de réglementations bruxelloises déferlerait sur la Suisse. Le long discours de candidature de la nouvelle cheffe de la Commission, Ursula von der Leyen, a clairement indiqué dans quelle direction l’UE veut dériver. L’ancienne ministre allemande de la Défense, qui succède maintenant à Juncker, plaide en faveur d’une «Europe unie, sociale et climatiquement neutre». Les grands groupes d’Internet doivent être plus fortement taxés, les salaires minimums augmentés. Un «discours énergique, des concessions à tout le monde» comme un portail Internet en a résumé la teneur. Von der Leyen incarne une Union européenne qui ne veut pas accorder plus de responsabilité aux États-nations, mais moins. Elle demande des décisions à la majorité, c’est-à-dire plus de centralisme, comme le souhaite la France. Elle a promis d’agir contre l’immigration illégale. Dans le même temps, elle s’est dite explicitement solidaire des secours en mer controversés, si ce n’est illégaux, qui encouragent l’immigration illégale. Comme la chancelière Merkel, elle est favorable à des quotas de répartition des réfugiés, imposés aux États membres de l’UE à la majorité des voix. Face à ce mécanisme, la Suisse est réduite à l’impuissance par les accords de Schengen et de Dublin. Ce que l’UE fait et veut est son affaire. Mais pourquoi la Suisse devrait-elle, sans nécessité, se lier encore plus étroitement à une organisation qui tente d’influer par un langage martial et des chantages sur notre système juridique? Il serait suicidaire de transférer par un accord institutionnel les pleins pouvoirs et des droits d’intervenir en Suisse à cette UE déstabilisée par le Brexit et aux comportements agressifs. Concrètement, von der Leyen veut faire de l’Europe le premier continent climatiquement neutre de la planète. Pour y parvenir, il faudra de nouvelles interdictions, des lois ainsi que des taxes incitatives énormes, c’est-à-dire des impôts. Seul l’avenir dira si de tels objectifs sont vraiment réalisables. L’UE est également une caisse de résonance pour des projets qui se heurtent souvent à la réalité. Il n’en demeure pas moins qu’un rattachement plus étroit à l’UE exposerait la Suisse à d’importants risques inutiles. La perte des droits populaires et de l’indépendance qui nous permet d’élaborer des solutions qui nous conviennent ne sera pas compensée par la réduction présumée d’obstacles bureaucratiques en faveur de quelques entreprises exportatrices. Au contraire. La Suisse ne devrait pas sacrifier les garants de son succès à long terme – autodétermination, fédéralisme, neutralité, démocratie directe – sur l’autel de commodités à court terme. Von der Leyen s’est exprimée en faveur d’un renforcement du rôle de puissance politique de l’Europe et de l’UE dans le monde. La Suisse devrait se tenir méfiante à l’écart de ces fantasmes de grande puissance. En tant que petit État, nous n’avons rien à faire à la table des puissants et de ceux dont c’est l’aspiration. La Suisse peut et doit rester un pays ouvert au monde, flexible et donc libre, c’est-à-dire indépendante de l’UE.

Lesen Sie auch

Der Mann hinter dem Mond

Während die Astronauten Neil Armstrong und Buzz Aldrin auf dem Mond Ge...

Von Urs Gehriger
Jetzt anmelden & lesen

Kommentare

Die News des Tages aus anderer Sicht.

Montag bis Donnerstag
ab 16 Uhr 30

Ihr Light-Login-Zugang ist abgelaufen. Bitte machen Sie das Abonnement hier