Chantage

En Europe, on tire de nouveau à balles réelles. Sur la Suisse. Le Conseil fédéral ne bronche pas. Nous avons le gouvernement le plus aimable du monde.

Les États ne doivent jamais céder au chantage. Qui y cède une fois sera toujours la proie des maîtres chanteurs. La Suisse laisse actuellement l’UE exercer un chantage sur elle.

Il suffit à quiconque qui ne l’a pas encore remarqué, le refoule ou ne veut pas en prendre acte de regarder ce qui se passe autour de l’accord-cadre institutionnel. Depuis onze ans, l’UE fait du forcing pour signer ce traité. Elle veut mettre un terme à la relation bilatérale d’égal à égal qui a fait ses preuves.

La Suisse doit désormais signer un traité qui institue l’UE comme législateur en Suisse, avec ses juges, ses sanctions et ses clauses guillotines.

Ce serait la fin de la Suisse telle que nous la connaissons. Il en serait fini de la relation d’égalité symétrique. Avec l’accord-cadre, c’est l’UE qui donne les ordres, la Suisse qui doit obéir.

Qui plus est, la Suisse s’engagerait politiquement à verser des contributions annuelles «volontaires» à l’UE, en quelque sorte un tribut. Le conseiller national PLR Hans-Peter Portmann, qui apprécie ce genre de contributions, appelle cela être «sous pression délibérée».

La dimension financière est importante. L’UE a urgemment besoin d’argent. Après le départ des Britanniques, il va lui manquer un gros contributeur net. La Suisse doit venir à la rescousse.

Bruxelles est en grande difficulté financière. Citons seulement trois chiffres: l’UE représente 7% de la population mondiale – tendance à la baisse. Elle produit 17% de la richesse mondiale – tendance à la baisse. Mais elle doit payer 50% des prestations sociales mondiales – tendance à la hausse.

Il est clair que dans cette situation critique l’UE veut évidemment l’argent des Suisses, et en a besoin. Il faut forcer les coffres-forts, vider les portemonnaies.

L’idéal est encore d’incorporer juridiquement la Suisse d’entrée de jeu, en la plaçant dans un cadre. L’accord institutionnel va servir à plumer les Suisses sans que ceux-ci puissent continuer à se défendre effectivement.

Que l’UE le veuille, c’est compréhensible. Que le Conseil fédéral réfléchisse sérieusement à être partie prenante de cette absurdité autodestructrice est plus difficile à expliquer.

Nous avions pensé que la récente lettre de menaces de Bruxelles ferait peu à peu déborder le vase à Berne, mais il n’en a rien été. Berne n’a pas bronché, pas sourcillé, pas tiqué, même quand Bruxelles sort l’artillerie lourde verbale.

Il faut être aveugle et avoir envie de se jeter dans les bras de l’UE pour ne pas voir que l’UE fait chanter la Suisse depuis des années. Elle ergote, elle critique, elle menace. Elle punit et discrimine.

Voulons-nous vraiment nous lier à un club qui utilise la force pour recruter ses membres? La Suisse a-t-elle besoin de se joindre à une communauté européenne de la discrimination?

Ce serait nouveau.

Si les «Suisses entêtés» (Manfred Weber) ne filent pas doux, s’ils ne font pas les quatre volontés de Bruxelles, les eurocrates sortent leurs instruments de torture.

Ils tracassent les étudiants, boycottent les bourses, veulent faire obstruction aux universités. Et tout cela uniquement parce que le peuple suisse et certains milieux politiques refusent toujours, à juste titre, de signer un traité qui priverait largement de leur pouvoir le peuple, le Parlement et le Tribunal fédéral.

Autrement dit, si tu ne veux pas être mon frère, je te fends le crâne.

La semaine dernière, l’UE en a remis une couche. Le commissaire européen Johannes Hahn a adressé une lettre secrète à Juncker, le président de la Commission, pour se plaindre des Confédérés.

Le choix des mots est cassant, arrogant, carrément belliqueux.

Pour Hahn, la Suisse n’est pas un partenaire commercial ayant les mêmes droits ni un bon client, mais un «bénéficiaire» parasite «du marché intérieur européen».

Hahn a l’impression, comme il s’en plaint, que la Suisse «joue la montre». Le Conseil fédéral ne travaillerait «pas assez intensivement sur le front intérieur».

Ce haut fonctionnaire veut dire par là que le Conseil fédéral devrait se dépêcher d’appliquer les directives de Bruxelles.

On constate avec de telles phrases que l’Union a été fondée par des États qui étaient encore, jusqu’à une date récente, des monarchies ou des dictatures.

Par conséquent, poursuit Hahn, il faut punir la bourse suisse, car ce «coup de semonce» est exactement ce dont «les Suisses ont besoin maintenant».

Voilà donc ce que l’on entend au quartier général du projet de paix européen. En Europe, on tire de nouveau. Sur la Suisse.

Hahn estime que «nous ne pouvons plus tolérer les tactiques dilatoires, surtout pas en phase décisive du Brexit».

Tout s’explique: l’UE veut s'en prendre à la Suisse pour donner une leçon aux Britanniques.

Il est inquiétant que la lettre menaçante de Hahn n’ait pas fait grand bruit dans les couloirs de marbre du Palais fédéral.

Le gouvernement suisse a-t-il désappris à se défendre contre les maîtres chanteurs?

Voilà vingt ans, il en allait autrement. Le Conseil fédéral a fermement refusé de céder aux demandes directes d’argent sur la question des avoirs en déshérence. Il a dit non.

Finalement, il a voulu y adjoindre une «fondation de solidarité» soi-disant volontaire. Mais le peuple et les cantons ont découvert le pot aux roses et l’ont rejeté dans les urnes.

Le chantage a été écarté.

Et aujourd’hui? L’UE menace. L’UE tire. L’UE fait chanter. Bruxelles déclare verbalement la guerre à la Suisse.

Mais le Conseil fédéral reste muet comme une carpe. Pas de note de protestation, pas de rejet amical du traité d’assujettissement de l’UE.

Nous avons le gouvernement le plus aimable, le plus compréhensif du monde. Ou tout bonnement le plus faible?

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