La prospérité abêtit

Des politiciens suisses veulent sauver la Terre depuis la Suisse. 

La Suisse vit dans un bonheur trompeur, abêtie par la prospérité. L’économie tourne, la bourse est en plein boom, le soleil brille. Aucun sujet concret d’inquiétude. Nous avons tout le loisir de nous prendre la tête avec une urgence climatique qui, selon les modélisations, devrait se produire – ou pas – à la fin du siècle.

L’abêtissement que génère la prospérité n’est pas un défaut ni un trait de caractère, congénital ou acquis, qui frappe certains et pas d’autres. Tout le monde peut en être atteint. Il s’empare de nous à notre insu. Il engourdit les instincts de survie. Nous devenons présomptueux. Nous croyons pouvoir tout nous permettre. Et, soudain, le choc arrive.

Le boxeur Muhammad Ali a déclaré que «seuls le coups que tu ne vois pas venir te mettent K.-O.». En politique, on est aussi mis K.-O. par des coups que l’on ne voit pas venir et que l’on s’est infligés soi-même. Cet abêtissement vient dans la foulée de la prospérité que l’on prend pour acquise, pour naturelle.

Par exemple, la transition énergétique décidée par le Conseil fédéral et le Parlement ainsi la sortie progressive de l’énergie nucléaire, sans l’assurance d’avoir de nouvelles sources fiables, sont caractéristiques de cet abêtissement. En attendant, les offices fédéraux concernés doivent admettre qu’ils n’ont aucune idée de la façon dont ils entendent approvisionner la Suisse en énergie à l’avenir. Les hauts fonctionnaires remplacent la stratégie par l’espoir. La pénurie d’électricité augmentera considérablement la dépendance de la Suisse vis-à-vis de l’étranger et, partant, sa vulnérabilité au chantage.

L’idée que la Suisse puisse supporter une immigration nette permanente élevée de plus de 70 000 personnes par an est aussi la traduction de cet abêtissement. Au cours des treize dernières années, un million de personnes sont venues en Suisse. Nous avons une immigration par habitant supérieure à celle des États-Unis. Cet afflux a fait grimper le taux de chômage à 4,9% en dépit d’une conjoncture très favorable, tandis que la productivité diminuait sur la même période.

L’excès de confiance et la présomption sont les ingrédients du déclin. La demande de congé de paternité et de congé parental, par exemple, en dit long à ce propos. Il faudrait établir des statistiques sur le débat politique actuellement acharné en Suisse pour instaurer le plus rapidement possible une société de loisirs financée par l’emprunt. La question de savoir qui fait le gâteau que tout le monde veut distribuer avant de l’avoir fait est évacuée comme étant indécente.

On objecte que la Suisse serait riche. Qu’elle en aurait les moyens. Les a-t-elle? Les radicaux ont tourné casaque au cours du week-end dernier sur le dossier du climat. Les délégués du parti ont imposé une transition écologique radicale avec des interdictions, des redevances, des impôts et des interventions de l’État. Il était inquiétant de voir le peu de résistance qu’a opposée le PLR, entraîné par la vague de populisme climatique actuel, jetant tout simplement par-dessus bord bon nombre de ses principes.

La déconnexion de la réalité, éprise de modernité, de l’allocution du conseiller aux États de Zurich, Ruedi Noser, était exemplaire en cela. Ce n’est qu’en période de frivolité prospère que de telles phrases passent sans contredit, voire sont applaudies: «La Suisse, pays riche, a les moyens de faire plus d’efforts que les autres pour l’avenir de la planète.» Suivie de «Nous devrions être climatiquement neutres d’ici 2050.»
Autrefois, les politiciens étaient satisfaits lorsque la Suisse se portait à peu près bien. Aujourd’hui, il faut au moins que ce soit l’avenir de la planète. Il n’y a pas qu’une inflation monétaire. Il y a aussi un gonflement inflationniste des concepts politiques.

Le changement climatique est aujourd’hui le décor le moins onéreux pour jouer aux bienfaiteurs. Pour se ranger parmi les bons, il faut se prétendre protecteur du climat. Et pour se ranger parmi les bons, on peut tout affirmer, sans n’avoir plus rien à prouver. Ce qui est généralement réputé bon se suffit à lui-même.

Prenons Noser au mot. Ses radicaux veulent rendre la Suisse «climatiquement neutre» d’ici 2050, autrement dit, faire passer ses émissions de CO2 à zéro net. Zéro net signifie que tout ce qui n’est pas économisé en Suisse doit être compensé par des paiements à l’étranger – une sorte de commerce des indulgences.
Et sitôt que la pièce sonne dans le tronc, l’âme au ciel s’envole.

Il est probable que les délégués qui ont applaudi Noser ne savent pas à quoi ils se sont frivolement engagés. Se débarrasser du CO2 produit par l’homme signifie se débarrasser de la civilisation moderne.
Sans CO2, il est impossible de produire du ciment, donc pas de béton, pas de bâtiments, pas de maisons ou de ponts modernes. L’asphaltage des routes dégage de grandes quantités de CO2. Quiconque veut s’en passer doit revenir aux chemins de terre, aux pavés ou aux dalles de pierre comme les anciens Romains.

Sans émissions de CO2, nous devrions nous passer des plastiques, des produits pharmaceutiques, notamment de l’aspirine. On pourrait renoncer à produire de l’acier, par conséquent aussi aux chemins de fer. La sortie du CO2 d’origine anthropique augmenterait considérablement les coûts énergétiques, d’innombrables entreprises industrielles ne seraient plus rentables, des entreprises devraient quitter la Suisse et détruiraient des emplois. Les rénovations nécessaires des bâtiments, que réclament les protecteurs du climat, plongeraient dans la ruine de nombreux retraités et renchériraient les loyers.

L’exigence de zéro CO2 d’ici 2050 est encore plus folle que d’envisager la sortie du nucléaire sans solution de remplacement. Que de telles idées soient exprimées, prises au sérieux et commencent même à être mises en œuvre ne peut s’expliquer que par les phénomènes d’abêtissement lié à la prospérité décrits précédemment.

On revendique des choses insuffisamment réfléchies. À moins que l’on ne prenne pas au sérieux ce que l’on revendique? Les politiciens qui veulent sauver la planète depuis la petite Suisse ont perdu contact avec la réalité. À moins qu’ils nous prennent pour des idiots?

Lesen Sie auch

Grauzonen der Strafjustiz

Ein befangener Ex-Staatsanwalt des Bundes, der als Bundesstrafrichter fungi...

Von Katharina Fontana
Jetzt anmelden & lesen

Glanzidee mit Nebengeräuschen

Mailänder Scala ohne Musikgehör für Alexander Pereira; spend...

Von Hildegard Schwaninger
Jetzt anmelden & lesen

Kommentare

Die News des Tages aus anderer Sicht.

Montag bis Donnerstag
ab 16 Uhr 30

Ihr Light-Login-Zugang ist abgelaufen. Bitte machen Sie das Abonnement hier