Le politicien le plus culotté de Suisse

Le conseiller national UDC Andreas Glarner horripile une fois de plus tout le monde, ses amis comme ses ennemis. Son attaque sur Facebook contre une enseignante s’est retournée contre lui. Il a dû s’excuser de son excès de zèle. Qu’y a-t-il derrière tout cela? De la folie? Du génie? «Ma mission», déclare l’homme attaqué de toutes parts.

Est-il le politicien le plus culotté de Suisse? Le pire? Ou juste le plus courageux? Le conseiller national Andreas Glarner sort son téléphone portable. Il montre une longue liste d’appels anonymes sur l’écran. «Pour eux, je suis maintenant le connard», déclare l’entrepreneur argovien de presque 57 ans. Sans tarder, il fait comprendre que cette opinion rend bien peu compte de sa personnalité, et certainement pas sous toutes ses facettes.

Nous nous rencontrons avant un jour de session dans le hall de l’hôtel «Bellevue» à Berne. Glarner est un lève-tôt. Debout à 4h15, il a eu son premier rendez-vous à cinq heures et demie. Il est maintenant assis, droit et alerte, devant un café sur fond de riches tentures. Nous parlons de style et de provocations en politique. Et principalement de son attaque contre une enseignante zurichoise qui a fait la une des journaux dans tout le pays.

 

Prise de contrôle hostile

Que s’est-il exactement passé? La semaine dernière, Glarner a reçu un message Whatsapp d’une mère indignée. C’était une information publiée sur le canal officiel de l’école primaire Falletsche à Leimbach, près de Zurich. La mère était énervée parce que l’enseignante proposait par SMS à toute la classe un jour férié à l’occasion d’une fête musulmane. En colère, elle estimait qu’il n’était inacceptable de dispenser tout simplement de cours des musulmans pour une de leurs fêtes religieuses dans les écoles zurichoises. Prise de contrôle hostile. Le nom d’une codirectrice de l’école, Esen Özkan Kul, n’arrangeait pas l’affaire.

Glarner n’a pas eu besoin de se le faire dire deux fois. Il a publié sur Facebook – «histoire de faire passer un peu ma colère» – le SMS ainsi que le nom de l’enseignante et le numéro de téléphone portable de la classe. Il a invité ses amis à critiquer l’enseignante, à lui dire ce qu’ils pensaient. Dans la tempête médiatique, on a complètement oublié de dire que ce n’était pas le numéro personnel, mais seulement le numéro du téléphone de l’école. Mais peu importe, l’indignation était à son comble. Selon la teneur générale des articles, le troll Glarner faisait avec les pires méthodes le marketing politique de sa personne aux dépens d’une jeune femmes et incidemment une campagne contre son ennemi préféré, l’islam.

Situation embarrassante pour l’Argovien, car l’enseignante n’avait rien fait de mal. La ministre de l’éducation zurichoise, Silvia Steiner, a pris la défense de l’attaquée, comme d’autres personnalités politiques influentes. Son SMS était correct, en revanche, l’attaque de Glarner ne l’était pas. Si l’enseignante décidait de déposer plainte, elle aurait le soutien de la ministre de l’éducation. Même certains collègues UDC ont pris leur distance ou se sont joints au déluge de critiques. Après avoir résisté au début, Glarner a capitulé le week-end. Il a présenté ses excuses «en bonne et due forme» à l’enseignante sur Tele Züri.

 

«Une grave erreur»

Deux jours plus tard, il faisait, tout contrit, encore repentance. Normalement, ce genre de vacarme le laisse de marbre, mais cette affaire l’a éprouvé. Il estime que c’était une grave erreur. D’un autre côté, personne ne parlerait aujourd'hui de l’islam dans les écoles suisses s’il n’avait pas mentionné de nom. Il aurait d’abord dû appeler l’enseignante et se faire préciser la situation juridique. «Mon comportement a été irréfléchi», admet-il sans hésiter. Même ses deux filles de 21 et 23 ans lui auraient passé un sacré savon pendant le brunch de dimanche dernier. Il ressort son téléphone portable et montre un SMS de la plus jeune qui le félicite pour ses excuses présentées sur Tele Züri: «Bravo, papa!».

Non, il n’a pas de «déficit d’attention», assure Glarner. Une vague d’indignation sur Facebook ou Twitter ne lui donne pas une poussée d’adrénaline. «Je suis un homme de convictions. Seule la mission compte.» Glarner formule des phrases pour lesquelles les médias le détestent ou se moquent de lui, mais il est sérieux: «Je veux sauver la Suisse». Et l’un de ses thèmes favoris à l’heure actuelle est l’islam qui «l’inquiète beaucoup». Glarner cite un directeur d’école du canton de Schwyz qui lui a récemment fait part de la maxime suivante: «La tolérance est la vertu ultime d’une société en déclin».

Bien sûr, l’islam semble dangereux, mais pourquoi s’en prend-il à une petite enseignante et non aux grands, aux puissants en politique? Glarner se sent mal compris. Il n’a pas peur des grands, mais il était pour lui inconcevable que le canton de Zurich reconnaisse déjà officiellement des jours fériés musulmans à l’école. Aurions-nous déjà perdu la tête en Suisse? Son erreur est d’avoir supposé, d’avoir été absolument sûr que l’enseignante avait agi de son propre chef, en enfreignant la loi et le droit. «C’était une erreur, et je la regrette profondément.» Il ne s’en est pas pris à la bonne personne. Le problème n’est pas l’enseignante, mais le système scolaire.

Glarner sort des statistiques. Il a toujours sous la main des graphiques et des données sur tous les sujets qui l’intéressent. «Je ne joue pas au héros, je m’inquiète d’un problème grave.» L’islam se répand en Europe. Mohammed était déjà l’an dernier, à Berlin aussi, le prénom le plus courant donné aux garçons nouveau-nés. En Angleterre, la situation serait critique. Il dit recevoir d’innombrables lettres d’enseignants suisses qui doivent modifier leurs cours car les enfants musulmans ne sont pas en état de travailler pendant le ramadan. Même les voyages scolaires, les camps scolaires ou les journées sportives seraient tout simplement annulés. «L’un d’eux m’a dit qu’une famille musulmane lui avait demandé de ne plus faire passer d’examens pendant le ramadan.»

 

Une sorte de Winkelried

«Oui, c’est vrai», il se voit comme une sorte de Winkelried, quelqu’un qui ose dire des choses et s’y attaquer tandis que d’autres les évitent soigneusement. Le prestige social lui importe peu, il ne cherche pas à devenir quelqu’un en politique. Les critiques qui traînent Glarner dans la boue après l’affaire sur Facebook oublient facilement le fait qu’il a été très respecté pendant plus de douze ans comme syndic d’Oberwil-Lieli. Sous sa direction, la commune est, par exemple, parvenue à abaisser les taux d’imposition au niveau le plus bas de tout le canton d’Argovie.

Il peut jouer les médiateurs et les présidents, explique Glarner, mais en tant que conseiller national, il est aussi là pour enfoncer le clou. Il n’a pas vraiment peur de s’y frotter et, en cas de besoin, il met la main à la pâte. Il y a quelques années, le revêtement d’une route d’accès venant du canton de Zurich, était endommagé aux limites du canton. Au lieu de résoudre le problème, les Zurichois ont mis des feux de signalisation. Résultat: des embouteillages à perte de vue dans le canton d’Argovie. Glarner a passé des coups de fil en vain. Finalement, il a personnellement démonté les feux sur le territoire zurichois et confié la circulation à ses sapeurs-pompiers, bien plus efficaces.

Les critiques soupçonnent Glarner de faire tout cela pour être présent dans les médias. Il ne l’admettrait jamais, peut-être n’est-ce pas vrai non plus, mais la plupart du temps une caméra n'est jamais bien loin lorsqu’il fait l’une de ses interventions fracassantes. Il y a quelques années, alors que la gauche tentait de faire de lui le politicien le plus cruel de tous les temps en matière d’asile, on a soudain vu Glarner dans un camp de réfugiés en Grèce avec un bébé aux grands yeux dans les bras. Quelle heureuse coïncidence que les photoreporteurs du tabloïd Blick se soient trouvés juste là pour capturer ce moment historique pour la postérité!

 

 

«Tu es le plus courageux»

Glarner vient de parler à son père octogénaire au téléphone. Il lui a raconté que la Weltwoche envisage d’écrire un article sur son fils intitulé «Le politique le plus culotté de Suisse». Son père lui a rétorqué provocant: «Dis-leur que tu n’es pas le politicien le plus culotté, mais le plus courageux de Suisse.» Il n’aurait pas osé faire un tel éloge de lui aussi directement, mais Glarner ne semble pas croire cette opinion si dénuée de fondement. Dès l’école, il s’est dressé contre l’injustice et la fausseté. Un garnement? Glarner sourit. «Évidemment.»

Avec lui, on ne sait jamais vraiment s’il est sérieux ou si tout n’est que jeu, provocations, thèses décoiffantes, actions et sujets qui fâchent, guéguerre permanente dans les réseaux sociaux où il se bat avec des féministes inconnues en se moquant parfois même de leur apparence. On ne manque alors pas de lui reprocher bien vite son manque d’éducation.

Là aussi, Glarner n’est pas à court de réponse. «Qui se bat pour l’égalité des droits doit aussi accepter de se faire traiter comme les autres dans le débat politique, doit être capable d’encaisser.» Néanmoins, ajoute-t-il, il va désormais, surtout vis-à-vis des femmes, «ces merveilleuses créatures», aller moins au contact dans l’arène politique, «rétrograder d’un cran».

Glarner estime qu’il est totalement faux de l’accuser de se faire mousser en politique. Bien au contraire. Il ne cherche pas à se faire aimer, pas plus que la reconnaissance au Palais fédéral. Il veut juste faire correctement son boulot – sauver la Suisse. Il a grandi dans un milieu modeste, ils étaient quatre frères et sœurs, il n’est pas né avec une cuillère d’argent dans la bouche. Il s’est fait à la force du poignet. Maintenant aisé, avec des affaires prospères, il est en train de créer sa troisième entreprise. Winkelried là aussi: Glarner a gagné son argent notamment en cassant le cartel suisse des fauteuils roulants et des cathéters vendus à des prix exorbitants avec des produits moins onéreux.

 

«Filiale de Caritas»

À l’adresse de l’UDC, dont les médias le qualifient déjà de fossoyeur, Glarner lui demande d’«y aller franco, de ne pas se faciliter la vie, c’est important». Il dit apprécier que l’UDC zurichoise s’en prenne de nouveau, par exemple, au climat et lutte contre «l’hystérie fabriquée de toutes pièces». Sa spécialité est la politique d’asile. Il y voit des dérives importantes. Le département fédéral est à ses yeux une «filiale de Caritas», une «association mère Teresa». Il considère son fonctionnaire en chef, Mario Gattiker, comme quelqu’un de sympathique, mais absolument à contre-emploi avec son passé caritatif. Selon lui, on passe son temps à se féliciter à l’Office des migrations de la diminution temporaire de la migration de masse, or la Suisse en serait uniquement redevable au Premier ministre hongrois Orbán et aux seigneurs de guerre libyens. «Nous ne sommes pas préparés pour faire face à un nouvel assaut.»

Il dit ne pas faire partie de ceux qui «attaquent d’abord au lance-flammes pour ensuite distribuer des roses». Autrement dit, il ne cherche pas à se faire bien voir et ne provoque pas pour la galerie. Comme s’il avait deviné qu’il aurait besoin d’un peu d’aide pour les subtilités, il a récemment embauché une femme comme sparring-partner ainsi que pour ses relations publiques au Palais fédéral. Il la consultera probablement plus souvent à l’avenir. Glarner se qualifie de «gentleman à l’ancienne». Ses ennemis seraient surpris de savoir à qui il apporte son soutien dans des projets sociaux, explique-t-il, car bien entendu, derrière toute cette politique et les provocations, il reste «l’homme Glarner». Il s’interrompt alors pour se consacrer à sa nouvelle idée qui vise à réduire les coûts liés à la protection sociale en Suisse.

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