Strache

La bataille autour de l’avenir de l’UE se fait de plus en plus haineuse. Les dissidents doivent s’attendre à tout.

La semaine dernière, nous avons reçu à la rédaction un ancien ministre du gouvernement allemand, un vrai conservateur, pas un «populiste», pas un adversaire de l’UE, un homme très raisonnable, aux opinions nuancées.

Nous avons parlé de l’affaire Strache. Nous estimions tous deux que cet homme devait quitter son poste à la suite de cette vidéo. Toutefois, la manière dont on l’a liquidé a provoqué l’indignation et aussi la colère à propos des méthodes utilisées pour le combattre politiquement.

Quoi que l’on pense de Strache, cela fait des années que les médias jettent l’opprobre sur cet homme politique, qu’ils essaient de le faire passer pour un nazi, en utilisant sa jeunesse contre lui, l’accusant de tout et de n’importe quoi.

Strache a tenu bon et survécu à toutes les attaques.

Son exploit et, par conséquent, aussi l’une des causes de son malheur résident dans son succès. Il a fait sortir le FPÖ du couloir de la mort après l’ère Haider pour lui redonner son ancienne grandeur et l’a conduit au gouvernement. Il a aussi réfuté ses critiques qui ne l’en auraient jamais cru capable.

À la différence de l’entreprenant Haider à qui tout réussissait, Strache, le prothésiste dentaire longtemps moqué, a misé sur un programme clair et prévisible et sur une direction stable.

Son action en tant que vice-chancelier n’a été entachée d’aucun scandale. La jeune star Sebastian Kurz lui a, certes, volé la vedette, mais c’est Strache qui a défini les thèmes dont Kurz s’est ensuite habilement paré pour briller et s’inscrire à son avantage dans l’air du temps.

Ils ne sont pas parvenus à se débarrasser de Strache à force d’arguments et de procès d’intention. Il a fallu un «piège» habilement ourdi, digne des services secrets, pour l’évincer de son poste.

Bien sûr, l’attaque contre sa personne ciblait principalement son parti, son programme. À travers Strache, il fallait aussi atteindre une force politique importante qui s’engage en Europe pour lutter contre l’immigration massive, le chaos de l’asile et le centralisme européen à Bruxelles.

L’affaire montre que ce ne sont pas les méchants de droite qui recourent à des méthodes criminelles dans la lutte politique, mais bien leurs adversaires.

C’est aussi une conséquence de la diabolisation incessante du FPÖ par les médias, parti déclaré hors-la-loi, sur lequel on lâche les chiens depuis des années. On a créé un climat de désinhibition fanatisée qui favorise de telles attaques perfides, qui génère un marché pour de tels crimes.

Le jeune chancelier Sebastian Kurz est aussi le grand perdant de ces derniers jours. Il a mal géré l’affaire. Il n’est, de toute évidence, pas un stratège. Son erreur majeure est d’avoir utilisé la vidéo pour déboulonner le partenaire de sa coalition. On peut difficilement imaginer manœuvre plus stupide.

Maintenant, l’étoile filante de la politique fait face aux ruines de sa myopie politique. Son gouvernement vient d’être renversé par la première motion de censure adoptée depuis l’après-guerre en Autriche.

Pour Strache, toute cette affaire est tragique. Bien sûr, ses déclarations étaient stupides et intenables. Il s’est couvert de ridicule. On n’agit tout simplement pas ainsi vis-à-vis d’inconnus lorsque l’on représente l’un des grands partis conservateurs autrichiens. Pas même en vacances.

Cela dit, il est évident qu’il n’avait plus toute sa tête ce soir-là. Un portail d’information bien renseigné rapporte qu’on aurait drogué Strache à son insu à Ibiza pour le rendre plus bavard.

Des élucubrations et des vantardises personnelles sous l’emprise de drogues sont-elles un crime capital en politique? Une femme est-elle responsable de ses actes lorsqu’on lui a fait absorber une drogue pour annihiler sa volonté?

L’article 201, alinéa 1 du Code pénal allemand «sanctionne l’enregistrement non autorisé des paroles qui ne sont pas prononcées en public, l’utilisation non autorisée d’un tel enregistrement et sa mise à la disposition d’un tiers».

Mais c’est exactement ce qu’ont fait le Spiegel et le Süddeutsche Zeitung, et ce, sur le territoire allemand où s’applique, à n’en pas douter, le droit pénal allemand.

 

Les journaux invoqueront l’intérêt public prépondérant. Des juges allemands devront ensuite décider si des médias allemands peuvent également se prévaloir de l’intérêt public autrichien.

Quoi qu’il en soit, vu les méthodes mafieuses pour manigancer la production de cette vidéo restée longtemps sans être diffusée, les journaux auraient absolument dû divulguer les noms des instigateurs et leurs motivations par respect de l’éthique des médias et peut-être aussi d’un point de vue juridique.

En ne le faisant pas, ils s’exposent au reproche de se faire complices de personnes désireuses de manipuler une élection européenne.

En tout état de cause, les médias ont assumé le risque d’une manipulation électorale en rendant public juste une semaine avant les élections européennes ce petit film explosif, enregistré près de deux ans auparavant. En l’occurrence, les journaux n’ont pas fait un travail d’information mais ont pris parti dans la bataille politique.

L’affaire Strache est également un symptôme de stress au niveau de l’UE. L’Union et ses élites sont en perte de pouvoir. Elles voient leurs espoirs s’évanouir. De plus en plus de citoyens se tournent vers des partis qui veulent une autre Europe, une autre UE.

L’UE ne gagnera pas si elle colle globalement l’étiquette de nationalistes d’extrême droite à ces eurosceptiques.

Lorsque le débat contre les dissidents dégénère en campagnes de diffamation terroristes, cela doit également alerter les puissants de l’UE sur la dépravation des mœurs. Quelle sera la prochaine étape? Va-t-on mettre dans le café d’un Orbán, d’une Le Pen ou d’un Salvini un poison parce qu’on ne vient pas à bout d’eux autrement?

Strache continue à se battre. Il veut aider à élucider complètement l’attentat dont il a été victime. Il a déclaré lors de l’entretien à la Weltwoche qu’il ne se laisserait pas sortir du jeu politique par des criminels.

Il se peut que le caractère d’un homme se révèle effectivement dans une mise en scène filmée en secret. Mais une chose est sûre, le caractère d’un homme se manifeste selon la manière dont il affronte la plus grande crise de sa vie.

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