Game of Thrones

Clap de fin d’une série télévisée grandiose.

Dans l’une des grandes scènes lugubres de la série fantastique «Game of Thrones», Daenerys Targaryen, la mère des dragons, reine des sept royaumes, réduit en cendres avec son monstre volant cracheur de feu sa capitale, qu’elle vient de conquérir. Cela ressemble à un mélange de Dresde et d’Hiroshima dans un Moyen Âge fictif sur les continents fictifs de Westeros et d’Essos. À la différence près que la guerre est gagnée depuis longtemps et que la dévastation n’est alors que cruelle et inutile.

Cette petite blonde en colère réduit tout en cendres. Dans les rues, sa propre armée doit se soustraire à la tempête de feu qu’elle a déclenchée. Même son bien-aimé, Jon Snow, qui est en fait son neveu et le vrai roi, échappe de justesse aux flammes. La reine des dragons, qui était jusqu’à présent la super héroïne, figure de proue d’une communauté mondiale de fans, est-elle devenue folle? Et si oui, pourquoi? Par déception amoureuse? À cause du pouvoir? Ou est-ce que ses gènes ne tournent pas rond?

Telles sont les questions que se posent depuis lundi matin dernier, heure d’Europe centrale, des milliers, si ce n’est des millions de téléspectateurs, dans des dizaines de milliers de tweets. Des débats philosophiques se sont emparés des réseaux sociaux pour savoir si les scénaristes de l’avant-dernier épisode de la dernière saison de cette épopée fantastique, qui croule sous les prix et dure depuis plus de sept ans, se sont totalement plantés ou, au contraire, remportent la palme de la génialité.

Nous le saurons dans une semaine avec la diffusion du tout dernier épisode, qui mettra un point final à la série.

Qu’est-ce qui fait son énorme succès?

Hollywood étouffe sous le politiquement correct. Depuis l’arrivée de Trump à la Maison Blanche, la qualité des films est en baisse. Les camps partisans s’épient aussi impitoyables que les armées de Westeros, tandis que les conférences de presse du président sont plus divertissantes que le cinéma grand public américain.

À une seule exception près: «Game of Thrones».

On pourrait presque penser que la série prend manifestement le contrepied de l’air du temps, qu’elle est un coup porté au nouveau fanatisme. Dans une scène fabuleuse, Cersei Lannister, l’adversaire séduisante et maléfique de la femme aux dragons, fait exploser elle-même la cathédrale de sa capitale, Port-Réal, dans un acte de terrorisme brutal, liquidant ainsi tous ses ennemis qui y sont rassemblés pour pratiquer un rituel, principalement la secte religieuse des «Moineaux», et qui font régner un régime de terreur, une dictature moraliste dans son empire.

La mise en scène de la déflagration est sublime, étirée dans le temps dans les moindres détails, pour le grand bonheur des spectateurs, seconde après seconde, avant que le big bang rédempteur ne fasse s’évaporer les criminels de la vertu dans un nuage de plasma verdâtre. Aucune de ces terribles bonnes âmes ne survit à cet enfer, et on n’a pas l’impression que l’auteur George R.R. Martin ni les producteurs en soient particulièrement consternés.

Il ne fait pas l’ombre d’un doute qu’ils ont aussi visé dans leur explosion les «moineaux» d’aujourd’hui qui peuplent la culture, les médias, la politique, les églises, les écoles et les cérémonies des Oscars.

Bien sûr, la série de Martin se base sur un roman monumental. Sa «chanson de glace et de feu» n’est pas une saga fantastique éco-ésotérique comme le classique «Seigneur des Anneaux». En dépit de la présence ici ou là de quelques sorcières, magiciens, dragons, géants et même quelques zombies, la série est d’un réalisme implacable. C’est ce qui fait la différence.

L’homme n’apparaît pas comme l’imaginent les sociothérapeutes, mais tel qu’il est, un mélange brut de bonté et de méchanceté, un prédateur démesuré, capable d’atrocités, mais aussi d’amour, de tendresse et d’héroïsme.

Il s’inspire vaguement en toile de fond de l’histoire britannique du Moyen Âge («Guerres des roses»). On y trouve aussi des thèmes des mythes et légendes germaniques.

La série fascine notamment par la succession de méchancetés humaines dont se sortent toujours, ou pas, les personnages principaux.

Côté provocation, la série s’emploie à traiter aussi ses méchants avec tendresse. Pas facile pour le spectateur de détester les bad guys.

Bien que tout soit de la pure fiction, on a souvent le sentiment avec «Game of Thrones» d’être de plein pied dans la réalité, davantage qu’en s’informant sur la politique intérieure américaine.

Tyrion Lannister, le nain, est le personnage le plus intéressant, politicien avide de pouvoir, vif d’esprit et maniant l’autodérision, il navigue entre les fronts. Ses dialogues sont les meilleurs.

Tyrion: «Un sage a dit une fois que la véritable histoire du monde est une histoire de grandes conversations dans d'élégantes demeures.»

Partenaire: «Qui a dit ça?»

Tyrion: «Moi, à l’instant.»

Peu de temps avant l’extinction imminente de l’armée des Spectres dirigée par le mystérieux «Roi de la Nuit», Tyrion s’entretient avec son ex-épouse Sansa Stark.

Tyrion: «Nous aurions dû rester mariés.»

Sansa: «Vous avez été le meilleur de mes maris.»

Tyrion: «Quelle pensée effrayante!»

Ce n’est pas très pédagogique. La vie est toujours menacée, et même les bons meurent. La civilisation est un vernis tout fin. La plupart des films hollywoodiens célèbrent le culte américain de l’individu héroïque. Cet égocentrisme glorieux n’existe pas dans «Game of Thrones». On ne peut survivre qu’ensemble. Des puissances dépassant l’individu sont en action. Même les héros ne sont que des fourmis qui peuvent être écrasées à tout moment.

Le sens de la vie? Serrer les dents et continuer à se battre.

Sur Internet, les experts se demandent si le grand finale sera à la hauteur des attentes extrêmes. Les meilleurs connaisseurs ont le sentiment que la patte hollywoodienne risque de gâcher le dernier mouvement. Le ton dominant tragico-ironique de l’auteur Martin risque d’être couvert par un furioso classique très grand public. Nous verrons bien.

Jon Snow, le roi triste, l’un des rares totalement gentils, finira-t-il par monter sur le trône contre son gré? Est-ce que la jeune amazone tueuse Arya Stark, qui a ferré un autre héritier royal, arrivera à ses fins? Ou bien est-ce que la folle Daenerys, à cheval sur son dragon, triomphera malgré tout?

Même si tout le monde souhaite un heureux dénouement, il serait en totale contradiction avec le sens de la série.

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