AKK

Une nouvelle femme politique fascinante. Conseil fédéral et accord-cadre.

La CDU vient de se doter d'une nouvelle présidente, Annegret Kramp-Karrenbauer (AKK), une figure intéressante. Son discours de candidature au congrès du parti à Hambourg était impressionnant. Elle était parfaite. Elle paraissait sincère, réaliste, authentique. Elle était passionnée. Elle était claire. Presque implorante, elle a martelé aux collègues de son parti: «Nous n'allons pas ménager nos efforts» pour ramener cette CDU sur le devant de la scène.

Cette petite femme menue aux lunettes est une battante. Elle est une oratrice captivante, même si on dit d'elle le contraire. Elle est bien plus qu'une ombre, qu'une copie, qu'une Merkel en version bonsaï, en miniature. Elle n'a pas de ligne idéologique carrée, mais elle a fait preuve de personnalité et de leadership.

Elle est, évidemment, sous-estimée. Avec ses lunettes et sa coiffure ébouriffée, elle ressemble à la secrétaire que personne ne remarque jusqu'à ce que le bureau brûle, qu'elle prenne les choses en main et surprenne tout le monde. Elle incarne une force qui vient de la normalité. Rien chez elle ne semble artificiel, appris, répété.

Elle est elle-même. Ce fut son grand avantage. Son rival Friedrich Merz, en revanche, a semblé has been, un écho d'une époque révolue. Lui, l'homme que beaucoup attendaient, l'espoir avant ce congrès, n'a pas su faire passer le sens de l'existentiel, la nécessité de sa candidature et du tournant qu'elle incarnait en ce moment clé. Son discours brillamment formulé était d'une vacuité absolue.

AKK, le cauchemar de toutes les agences de communication, a en revanche étalé sa supériorité. Elle représente avec bonne humeur la province d’où elle vient, dans laquelle elle vit. C'est un compliment. AKK n’est pas un produit tendance lisse, pas une poupée parlante télégénique, pas une femme faire-valoir. Elle est authentique. Et elle est le produit de ce qu'elle a fait.

Contrairement à d'autres membres de son parti, elle a toujours pris des risques. En 2011, elle est devenue ministre-présidente de la Sarre. Peu de temps après, elle a sorti le FDP du gouvernement, à la grande exaspération de Merkel, mais AKK a remporté les élections. Elle a de nouveau triomphé récemment, alors qu'ailleurs l'hémorragie de la CDU perdurait.

Son plongeon dans la politique nationale était tout aussi atypique. AKK a pris la décision de démissionner de son poste de ministre-présidente pour pouvoir servir au poste de secrétaire générale une Angela Merkel en difficulté. On la disait mal partie aux côtés de la chancelière au tapis. C'est l'inverse qui s'est produit.

Les collègues allemands sont sur la réserve. Ils l'estiment bonne, mais probablement pas assez bonne pour venir à bout des tâches qui l'attendent. L'UE est le sujet majeur en Allemagne. Le malaise grandit. Les conséquences de ses vices de construction se font ressentir au niveau de l'euro, de la migration, du Brexit. La France est en flammes. L'Italie s'émancipe. Presque partout, le feu couve et la terre tremble.

Personne ne sait si AKK survivra sur ces champs de bataille. Elle a toutes les qualités nécessaires: autorité, énergie et bon sens. Comme Merkel, elle ne semble pas très vaniteuse. L'Europe des grandes visions et des coups de maître est morte depuis longtemps. C'est maintenant aux secouristes et aux ingénieurs de mettre de l'ordre dans la boutique, de la réparer et de l'asseoir sur des bases solides. AKK est stupéfiante. Voyons ce que cela va donner.

Alors que les gilets jaunes se déchaînent en France et que le Brexit menace au Royaume-Uni, le Conseil fédéral a décidé de s'en remettre au peuple, de se terrer derrière la démocratie directe, ce qu'il aurait dû faire depuis longtemps.

Pendant au moins cinq ans, les pouvoirs publics ont négocié avec Bruxelles à propos du funeste accord-cadre institutionnel. Un projet est désormais enfin prêt. Il est si mauvais que le Conseil fédéral le présente au peuple et aux groupes intéressés pour «consultations» sans dire ce qu'il en pense.

L'UE est parvenue à imposer ses vues sur toute la ligne. Elle a la reprise automatique du droit communautaire. Elle a les juges étrangers. Elle a même fait fi des lignes rouges du Conseil fédéral en matière de protection des salaires. La Suisse serait juridiquement subordonnée à l'UE. L'UE dicte, ce serait la fin de la voie bilatérale équitable que tout le monde prétend trouver si bonne.

Tout gouvernement normal aurait rejeté un tel résultat. Basta! Échec des négociations. Mais le Conseil fédéral n'est justement pas un gouvernement normal. À vrai dire, il n'est pas du tout un gouvernement. C'est même ainsi que s'est exprimé ces jours-ci un de ses membres, sous couvert d'anonymat: le Conseil fédéral est simplement «un conseil qui conseille le parlement et le peuple».

La Suisse est un drôle de pays. Lorsque le gouvernement, qui ne veut plus en être un, est débordé, il met alors tout simplement en avant le peuple auquel il aime donner des leçons et dicter sa conduite. Drôle, mais aussi malin. C'est notre forme étatique en soi qui empêche le Conseil fédéral de se comporter en véritable gouvernement. Nous sommes un pays de citoyens souverains, pas de politiciens souverains.

La droite se plaint que le Conseil fédéral ait donné de faux espoirs à Bruxelles. C'est juste. Mais ce n'était peut-être tout bonnement qu'une attitude diplomatique. Il n’y a rien de mal à ménager l'humeur de son grand voisin, tout en laissant, indifférent, le traité colonial voulu par d'autres se fracasser sur la dure réalité de la démocratie directe.

Nous supposons toutefois que les résistances à l’accord institutionnel faibliront bientôt. La gauche est déchirée. Elle veut intégrer l'UE, mais elle doit défendre la protection des salaires. Le Conseil fédéral lui fera probablement des concessions. Les partisans du rattachement à l’UE auraient alors de nouveau la majorité à Berne et l'UDC serait isolée.

Ces euro-turbos espèrent, bien sûr, que les conservateurs perdent les prochaines élections. Ensuite, le Parlement laisserait passer l'accord-cadre. Et le Conseil fédéral serait de nouveau courageux, mais dans la mauvaise direction.

Au final, c'est le peuple qui décidera. On en revient toujours à la question fondamentale: la Suisse restera-t-elle une nation portée par une volonté politique commune? Ou nous laisserons-nous passer, épuisés, le joug doré, bien rembourré, d’une puissance extérieure? Le véritable danger pour la Suisse ne vient pas de Juncker et consorts, mais uniquement des Suisses.

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