Tueurs à gages

Le pape François et les avortements.

Je me lance maintenant dans un débat dont je ferais mieux de ne pas me mêler. L'une de mes premières amies m'avait vivement déconseillé de m'attaquer à ce sujet épineux. «C'est une affaire de femmes à laquelle vous ne comprenez rien.»

Vous l'avez deviné, je parle d'avortement.

Récemment, le pape François a déclaré à l'indignation de tous ceux qui veulent voir en la Bible un précurseur du programme du parti social-démocrate: «Interrompre une grossesse c'est comme éliminer quelqu'un».

Il était prévisible que de telles déclarations susciteraient peu d'enthousiasme de la part de l'aile progressiste des croyants, mais François l'a redit publiquement.

«Est-il juste d'éliminer une vie humaine pour résoudre un problème?»

«Est-il juste d'avoir recours à un tueur à gages pour résoudre un problème?»

«Se débarrasser d'un être humain, c'est comme avoir recours à un tueur à gages pour résoudre un problème.»

Par «tueur à gages», il fallait entendre le médecin. Rarement, probablement jamais, un pape n’a utilisé de mots aussi forts pour formuler avec une telle précision une simple exigence.

Tu ne tueras point.

C'est ce que dit la Bible. Et, bien entendu, cette interdiction de tuer inclut également tous les enfants à naître qui sont «éliminés » chaque année, par exemple en Suisse, aux frais de la caisse-maladie.

Parmi eux, il y a des bébés, en langage politiquement correct, des embryons qui sont avortés dans le cadre d’une contraception de rattrapage. Cela semble épouvantable, c'est épouvantable, mais c'est une réalité.

L'avortement, un sport national?

La formule est méchante, mais pas tout à fait fausse. Toujours est-il que la civilisation moderne a développé une désinvolture inquiétante, une frivolité dans le rapport à la vie, du moins celle des autres.

C'est un peu schizophrène.

Les mêmes personnes qui ne ménagent aucun effort pour prolonger artificiellement la vie humaine; les mêmes personnes qui veulent donner à tous les couples, y compris homosexuels, des enfants qu'ils n'auraient naturellement jamais pu avoir sans le recours à la technologie moderne, ces mêmes personnes, les «progressistes», trouvent tout aussi juste d'autoriser, jusqu'à un moment fixé arbitrairement, l'avortement, l'homicide brutal d'enfants à naître et de l'exiger comme un droit inaliénable de la civilisation, en s'opposant à tous les adversaires avec une ferveur presque religieuse.

Les êtres humains sont égocentriques. Chacun place sa vie au-dessus de tout. Mais il y a aussi envers la vie à naître une certaine insouciance à tuer. L'une est la conséquence de l'autre. Le pape François, dont je ne fais pas partie des fans, l'exprime probablement pour cette raison de manière aussi crue. Je suppose qu'il voulait donner de la visibilité à cette insouciance de tuer, s'y attaquer.

Bien sûr, il y a eu des réactions violentes, du courroux, des désapprobations, de l'indignation, de la colère biblique. #MeToo contre Dieu et son représentant.

En Suisse, six femmes de gauche bien en vue ont quitté l'Église ces jours-ci sous les applaudissements: les anciennes conseillères nationales Cécile Bühlmann et Ruth-Gaby Vermot, puis Anne-Marie Holenstein, cofondatrice de la «Déclaration de Berne», et Monika Stocker en charge des affaires sociales chez les Verts ainsi que les deux théologiennes féministes Doris Strahm et Regula Strobel.

La Ligue suisse de femmes catholiques «regrette» cette décision, mais «comprend fort bien» leur geste.

Pourquoi donc? Ces six femmes et la Ligue estimaient-elles que le Vatican avait été jusqu'alors une institution favorable à l'avortement?

Ou sont-elles fâchées parce qu'elles croyaient avoir en François un allié fiable pour défendre leurs positions de gauche, de sorte qu'elles lui en veulent particulièrement de protéger le droit à la vie si âprement et de manière si conservatrice?

Et en quoi est-ce un scandale qu'un pape prêche contre l'avortement? Ce n'en est pas un. C'est son devoir. Le pape François pense et agit logiquement, dans le droit fil de sa foi. Au moins, cette fois.

L'homme ne doit pas tuer. Un point c'est tout. Pourquoi pas? Parce que la vie est un don de Dieu pour lequel l'homme ne peut rien.

Cette pensée est magnifiquement exprimée dans un cantique du poète Paul Gerhardt: «Que sommes-nous, qu'avons-nous sur cette terre qui ne nous soit donné par vous seul, ô Père?»

Le plus célèbre théologien suisse du protestantisme, Karl Barth, l'a formulé d'une manière philosophiquement plus précise, en disant en substance que l'homme est ce qu'il est, uniquement par la grâce de Dieu.

En d'autres termes, Dieu est l'origine de la vie. Tout ce que nous sommes, nous l'avons de Dieu sans notre intervention. Ce ne sont pas les gens qui créent la vie en ayant des rapports sexuels. C'est une étincelle divine qui fait de l'échange de fluides corporels un acte de création.

On n'est pas obligé d'y croire, mais quand on s'estime chrétien, on devrait y croire, et surtout ne pas reprocher au pape d'y croire.

Ce n'est pas, comme le dit la Ligue des femmes catholiques, l’expression d’un «appareil de pouvoir patriarcal». C'est tout bonnement le christianisme mis en pratique. Donner et prendre la vie n'est permis qu'à Dieu.

Si les six femmes de gauche quittent maintenant l'Église si bruyamment, c'est cohérent, mais aussi un peu embarrassant. Cohérent parce que cela correspond à leurs convictions. Un peu embarrassant, car apparemment elles ne remarquent que maintenant qu'elles étaient dans une institution qui défend la vie comme un don de Dieu contre toutes les agressions de l'homme.

Les départs ont aussi quelque chose de révélateur. Lorsque des gens de gauche quittent l'Église parce que l'Église n'est plus assez à gauche sur un point donné, ils confirment une impression qu'ils contestent autrement volontiers. Premièrement, les gens de gauche ne sont pas particulièrement tolérants. Deuxièmement, les gens de gauche s'emparent des églises qui les suivent docilement pour en faire des bastions de leur vision du monde.

C'est une bonne chose que ce dévoiement éclate maintenant au grand jour.

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