Avaler des couleuvres et autoroutes

La politique étrangère de Donald Trump à Ignazio Cassis.

La politique est une affaire de zigzags, d'action et de réaction. Chaque chef de gouvernement incarne aussi le mécontentement produit par ses prédécesseurs. Bush, l'anti-Clinton, a succédé à Clinton. Obama, l'anti-Bush, a succédé à Bush. Trump, l'anti-Obama, a succédé à Obama. Il en va ainsi de l'alternance.

Il y a vingt ans, la politique, les médias, le Forum économique mondial étaient fascinés par la mondialisation. Rien n'était suffisamment international. L'État-nation était fini. Les mondialistes étaient en plein essor. Puis vint la guerre en Irak. Puis la crise financière. Puis la crise de l'euro. Puis la crise migratoire. Puis le Brexit. Puis Trump.

Trump est un symptôme. Son élection traduit la recherche d'un nouvel équilibre. Elle ne signifie pas la table rase, ni le ou… ou… Il s'agit de trouver un nouvel équilibre entre le national et l'international. C'est la question cruciale en politique étrangère.

L'erreur majeure des dernières décennies a été de croire en la fin de l'État-nation. Sur ce terrain se sont croisés les universalistes de gauche et les libres-échangistes bourgeois qui se voyaient déjà dans le global. Ils ont oublié que la vie est avant tout faite de petites choses. Les frontières ouvertes, united colors, la fin des guerres, le nirvana libéral, le monde comme une chaîne lumineuse, tout cela est bien beau, mais loin des réalités.

Si les partis établis en avait pris conscience plus tôt, Donald Trump n'aurait probablement pas été élu. La politique de l'UE serait aussi différente. Mais ce que tout chef d'entreprise sait, que seules les crises apportent des changements, vaut aussi pour les États. Sinon, rien ne change. La lucidité n'est pas venue des politiques ou des médias. Ce sont les gens ordinaires, les électeurs, les «laissés-pour-compte» qui ont produit dans les urnes un changement de cap.

La politique étrangère suisse cherche aussi un nouvel équilibre. Les dernières décennies ont été marquées par le rapprochement avec l'Union européenne. Un fossé s'est creusé entre le monde politique à Berne et les souhaits de la population. Le monde politique faisait pression pour entrer dans l'UE, le peuple était contre. La montée de l'UDC est le résultat de cette division et aussi la raison du rapprochement des deux camps.

La Suisse est une épine dans le pied de l'UE. Il est douloureux que le pays le plus prospère au cœur de l'Europe ne veuille absolument pas faire partie d'une organisation si bien intentionnée. Tant que la Suisse restera en dehors, l'UE n'aura pas de cesse. Elle aimerait apaiser les doutes qu'elle nourrit à propos d'elle-même. Par conséquent, il faut montrer aux Suisses entêtés que le monde est bien plus méchant et plus dangereux à l'extérieur qu'à l'intérieur. L'UE resserre les boulons, met la pression sur les marchés boursiers. Telle est la situation actuelle.

«Accord-cadre» signifie que l'UE veut faire main basse sur la Suisse. L'UE veut que la Suisse participe sans que la Suisse ne remarque qu'on l'a fait adhérer à l'UE. Il n'est pas acceptable que ce nain si prospère obéisse à ses propres règles. S'il veut faire des affaires avec nous, il n'a qu'à accepter nos règles. La reprise automatique du droit communautaire, tel est le fond du problème, non pas tant les «juges étrangers», simple question superficielle. On troque les affaires contre la démocratie directe, l'accès aux marchés contre le droit de vote. Tel est le deal que nous propose l'UE. Nombre de Suisses sont prêts à se laisser séduire.

Mais veulent-ils vraiment pour un peu de prospérité donner leur bulletin de vote à Bruxelles, se débarrasser de la démocratie directe pour quelques infimes parts de marché? Ce plan a les faveurs d'un nombre impressionnant de gens à Berne. Ils veulent le rattachement institutionnel à l'UE, non pas parce qu'ils seraient convaincus de son bien-fondé, mais parce que c'est plus commode. Plus d'UE signifie aussi moins de lisibilité, moins de responsabilité, moins de démocratie, moins de pouvoir pour les citoyens, donc plus de pouvoir pour les politiciens.

La Suisse a un nouveau ministre des Affaires étrangères. Les espoirs sont grands. Il a tenu la semaine dernière son premier discours programmatique officiel sur l'Europe. On sentait la résistance, mais au fond il ne faisait aussi que préparer psychologiquement ses auditeurs à des concessions. Pour conduire sur les autoroutes étrangères, a-t-il dit, il faut aussi se conformer au code de la route local. La phrase est juste, mais la comparaison est erronée. «Accord-cadre» ne signifie pas le respect des règles des autres. «Accord-cadre» signifie que les règles des autres s'appliquent partout, y compris en Suisse.

La Suisse, dont Ignazio Cassis a parlé, accumule les faiblesses et les besoins en tout genre. Sa formule préférée est «La Suisse a besoin de...». Il a employé la locution verbale «avoir besoin de» plus d'une demi-douzaine de fois. La Suisse quémandeuse de Cassis a besoin de «sécurité», de «l'accès au marché», de «l'accès au marché intérieur», de «conditions stables», d'un «reset», d'un «redémarrage» et, bien sûr, d'un «traité» avec l'Union européenne. La Suisse a besoin de tout. Mais elle n'a rien dit de ce dont l'UE pourrait avoir besoin. Bien sûr, «nous n’avons aucune obligation». Mais Cassis avertit que «chaque option a son prix». Ou «qu'il faut peut-être avaler une petite couleuvre pour obtenir une belle part de gâteau».

«Avaler des couleuvres, autoroutes», ce n'est pas ainsi que s'exprime un entraîneur qui joue pour gagner. C'est ainsi que s'exprime un entraîneur qui veut dire à son équipe que cela n'a aucun sens de jouer pour gagner. Au mieux, on se met d'accord avant le match sur une courte défaite, que l'on pourra éventuellement après coup faire passer auprès du public pour un match nul. L'entraîneur pense probablement que l'ennemi sera plus généreux si l'on est relégué avant le match. On capitule, mais la tête haute.

Sommes-nous injustes? Trop durs? Espérons-le! Ce serait une bonne chose qu’il en soit autrement. L'idée s'impose de nouveau en politique internationale, grâce à Trump, qu'il incombe aux politiques de défendre les intérêts de leurs propres pays. Il n'y a rien de mal ou de méchant à cela. Les peuples, les nations se donnent des constitutions et des gouvernements qui s'engagent pour les gens qui les ont placés au pouvoir. La Suisse d'abord. Pourquoi pas? Apparemment, il faut un Trump pour s'en souvenir.

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Kommentare

Philippe Bonhôte

26.01.2018|21:21 Uhr

La lecture est intéressante, mais la conclusion erronée. Les USA n'ont avec la Suisse pas de traité semblable à celui qui se discute avec les européens. Cela ne les a pas empêché d'imposer leur loi à la Suisse en infligeant d'énormes amendes à nos banques et de nous pousser à renoncer au secret bancaire. C'est aussi simple que cela. La réalité est parfois plus dure et forte que les mythes et les rêves... Et c'est ce qui nous attend demain, quand, moins gentils qu'en 1815, les européens nous imposeront leurs règles. Alors mieux vaut être à la table des discussions, d'égal à égal, avant..

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