Squatteurs du radicalisme

Philipp Müller et Cédric Wermuth: le nouveau duo de rêve de la politique européenne.

Le PLR est féminin. Ses voies sont insondables. Même là où il semble qu'il n'y a plus rien à comprendre, il pourrait y avoir un sens caché.

Il y a quelques semaines la cheffe du PLR, Petra Gössi, a surpris dans la presse à sensation en déclarant que le PS est le «partenaire naturel» du PLR en matière de politique européenne.

L'annonce de Gössi était un tremblement de terre, un choc. Le choc a été tel que peut-être absolument personne ne l'a vraiment remarqué. Peut-être l'ont-ils aussi remarqué, mais ils l'ont immédiatement refoulé ou oublié, de la même manière que tout est très clair au moment d'un accident de voiture, mais qu’après coup on ne se rappelle plus ce qui s’est exactement passé.

La phrase semblait si éloignée de la réalité qu’il se peut que les gens aient été aussi trop abasourdis pour se rendre vraiment compte de ce que la patronne du PLR avait alors lancé: une alliance entre le PLR ​​et le PS à propos de la question politique la plus importante du présent? Le PLR et le PS ensemble pour l'Europe? Insondable PLR. Ou bien Gössi a-t-elle momentanément perdu la tête?

Lune de miel européenne entre le PLR et le PS. Ça ne fonctionne pas. Plus. Ou de nouveau?

Le PS continue de souhaiter l'adhésion à l'UE, il veut le plus d'UE possible et le plus d'immigration possible afin de faire passer ses revendications syndicales pour la fermeture et la régulation du marché du travail suisse. Sans parler des mesures «d'accompagnement» de défense de l'UE qui font entrer des millions dans les caisses. Le PS pousse aussi à intégrer l'UE parce que, dans l'UE, les politiciens et les fonctionnaires sont aux commandes, et non pas les électeurs qui sanctionnent depuis des années les partis de gauche dans les urnes.

À l'inverse, le PLR a fini par se remettre de ses égarements politiques européens. Dans les années nonante, le PLR était encore très épris de l'UE. C'était «dans le vent», à la mode, Bruxelles était tendance. Les opposants à l'adhésion se faisaient traiter d'«olibrius» par les chefs de file radicaux.

Mais la stratégie n'a pas pris. Le PLR a décliné, les électeurs s'en sont éloignés. Sous la pression des défaites, l'amour pour l'UE s'est refroidi. On a fini par se résoudre à prendre parti pour la non-adhésion. Les anciens architectes de l’État fédéral démocratique indépendant semblaient peu à peu comprendre à nouveau le charme de leur propre création. «Par amour de la Suisse.»

C'est du moins ce qu'on pensait. Vendredi dernier, la funeste prophétie de Gössi s'est concrétisée au cours de l'émission «Arena». Le sujet ne portait certes pas sur l'adhésion à l'UE, mais, pire encore, sur l'accord-cadre institutionnel de l'UE.

Dans le cadre d'une adhésion, qui serait catastrophique, la Suisse aurait, au moins, encore son mot à dire. Avec un accord institutionnel, elle devrait reprendre passivement des tombereaux de textes de droit européen, sous peine de sanctions. En cas de doute, la décision reviendrait à la CJUE, la plus haute juridiction européenne.

Les partisans disent que cela apporterait de la sécurité juridique et de la tranquillité. Possible. Ce serait la sécurité juridique et la tranquillité des Indiens d'Amérique du Sud après leur soumission par les Espagnols. Dans la réserve des Helvètes, les Suisses encamisolés pourraient fumer le calumet de la paix à la botte de l'Europe.

Le droit étranger et les juges étrangers, c'est l'option de politique européenne du radicalisme de Gössi. Le PS et le PLR en partenaires «naturels». Mais fallait-il qu'il en soit tout de suite ainsi? Au cours de l'émission «Arena», ils se sont présentés profondément unis, côte à côte, dans le même bateau, en partisans du lien institutionnel: Philipp Müller, conseiller aux États PLR, et, qui plus est, Cédric Wermuth, conseiller national PS. Quelle chevauchée sauvage: l'ancien président du PLR monte sur les barricades pour arrimer la Suisse à l'UE avec l'ancien squatteur, agitateur des Jeunes socialistes et fossoyeur du capitalisme. Une telle adaptabilité tient de l'inédit.

Pour ceux qui ont moins le sens de l'humour, il est, en fait, affligeant de constater avec quel manque de sérieux le PLR manœuvre sur la question si importante de l'Europe. Müller en est le meilleur exemple. Aujourd'hui, il bat le rappel avec force conviction pour l'accord-cadre. Il y a quatre ans, il exigeait exactement l'inverse.

Dans le Sonntagszeitung du 6 juillet 2014, le futur conseiller aux États et chef du parti disait pourquoi il n'y aurait jamais d'accord-cadre institutionnel avec le PLR: «Cela ferait de nous le pays le moins souverain en Europe. Nous serions complètement à la botte de l'UE et n'aurions rien à dire. Dans ce cas, on pourrait tout de suite adhérer.»

Et maintenant, qu'est-ce qui a cours? Le Müller de 2014 ou le Müller de 2018? La position et les exigences de l'UE n'ont, en tout cas, pas changé d'un iota depuis juillet 2014. Bruxelles continue de vouloir que les électeurs suisses cèdent à l'UE leur droit de vote dans des domaines clés – sous la férule des juges européens.

Le patinage en couple plutôt limite à la télévision suisse révèle que le PLR n'a actuellement pas la force de défendre la Suisse avec fiabilité. Qui dit PLR dit UE. Le parti semble hypnotisé et téléguidé par les fonctionnaires, les associations économiques, exception faite de l'Union des arts et métiers. Les dirigeants, issus pour la plupart de l'étranger, sont prêts à brader la Suisse parce qu'ils espèrent, en contrepartie, gagner quelques francs de plus dans l'UE. Ce qui n'est d'ailleurs même pas garanti. Et les radicaux s'y associent.

Le PLR vacille, mais le PDC est encore plus chancelant. Le président du parti, Gerhard Pfister, est certes opposé au rattachement institutionnel, du moins lui, mais, après quelques défaites électorales, il doit veiller à ne pas se laisser déstabiliser par la gauche du parti. Est-ce que les Wermuth du PDC savent que le PDC vient de s'évaporer dans la ville de Zurich, précisément à cause de son positionnement trop à gauche?

Néanmoins, il y a peut-être quelque chose de positif dans cet opportunisme à la limite de l'irresponsabilité politique. Les Müller et les Gössi peuvent à tout moment changer à nouveau de cap.

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Kommentare

Philippe Bonhôte

15.03.2018|23:33 Uhr

Pendant que M. Köppel s'offre le frisson de l'interdit,du fou, du pornographique en offrant une tribune à M. Bannon, homme qui se déclare ouvertement raciste et s'affirme être contre toutes les valeurs qui ont assuré depuis 150 ans ou plus la force et la richesse de nos pays démocratiques et républicains, M. Müller, Mme Gössi, M. Wermuth et leurs partis travaillent pour la Suisse, ses habitants et leurs enfants. Laissons M. Bannon et ses amis européens d'extrême droite deviser avec M. Köppel et intéressons-nous avec réalisme à l'avenir de la Suisse.

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