Amitié

L'UE met la pression. Et le Conseil fédéral prend un coup de vieux.

En principe, il aurait fallu conclure l'année sur de beaux propos positifs. Nous aurions pu, par exemple, nous occuper de l'éternelle magie de la saga «Star Wars» et nous demander comment la grave blessure au visage de Mark Hamill, l'acteur principal du tout premier épisode en 1977, la veille de la fin du tournage due à un accident de voiture, a retenti sur le reste de sa carrière. Hamill ne s'est pas laissé abattre, il a continué de jouer et incarne dans le dernier opus – qui connaît une fois de plus un succès phénoménal – un personnage un peu plus sombre que le beau garçon bien balancé des débuts. Des retrouvailles réconfortantes pour nous, les vieux fans.

Un autre sujet toujours d'actualité aurait, bien sûr, pu porter sur Donald Trump. Il est intéressant de noter que, contrairement à ce que rapportent les médias, ni le monde en général ni les États-Unis en particulier n'ont sombré à ce jour. Il semble même que le jugement porté sur Trump pourrait bien être révisé si la baisse drastique des impôts qui, nous l'espérons, inspirera les Suisses, dynamise fortement l'économie, tout comme jadis celle de Ronald Reagan. Ce qui évidemment importe peu à la plupart des journalistes parce qu'ils ont tout bonnement décidé d'évincer du pouvoir d'un trait de plume cet Américain si peu conformiste.

Un troisième sujet possible a malheureusement aussi fait long feu: le brillant archéologue britannique Robin Lane Fox a publié chez Klett-Cotta une grande biographie de Saint Augustin, Père de l'Église. Ce grand lettré fascine non seulement par sa biographie à cheval sur l'Antiquité tardive et le Moyen Âge, mais aussi parce qu'il a largement inspiré la Réforme et ainsi impulsé indirectement la Contre-Réforme sur laquelle il serait aussi bon de se pencher de plus près. On doit à Augustin la rébellion au XVIe siècle des réformateurs de l'Église contre le commerce des indulgences et l'usage abusif de Dieu par la hiérarchie vaticane, ivre de pouvoir, contestation qui a littéralement bouleversé le monde. Un sujet qui aurait été parfaitement approprié pour Noël.

Mais, une fois de plus, la politique nous rattrape, hélas, trois fois hélas, juste avant de clôturer l'année. Petit rappel: le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a fait voilà peu une visite d’État à Berne. Concert de louanges. La présidente Doris Leuthard était aux anges. Juncker susurrait les mots doux d'«amitié» et de «soleil radieux». Cela lui a valu d'obtenir des engagements à hauteur de 1,3 milliard de francs. Leuthard a réitéré fièrement que ce cadeau financier s'entendait «sans lien avec des intérêts politiques», à savoir sans contrepartie. La NZZ a même élevé cet acte saugrenu en coup de maître, estimant que seul un «blocage entêté» viendrait «voiler» le soleil radieux entre Berne et Bruxelles.

Or il appert ces jours-ci que le plan de Leuthard a volé en éclats. Les cadeaux n'ont servi à rien. La déprime hivernale succède au soleil radieux. Les acolytes de Juncker serrent la vis. Ils ont découvert une procédure technique qui leur permet de malmener Suisse, qu'ils ont accessoirement placée en plus sur une liste grise des paradis fiscaux. Tout d'un coup, ils refusent la reconnaissance de la Bourse suisse envisagée à la mi-novembre. C'est donc la contrepartie de la manne financière promise par Berne. Bruxelles laisse entrevoir que cette brimade à l'encontre de la place financière prendra fin dès que la Suisse aura finalement accepté l'accord-cadre souhaité par l'UE, juges étrangers compris. Au plus tard, d'ici fin 2018.

Bref, Juncker, l’ami intime de Leuthard, veut forcer la Suisse à s'engager dans un mariage institutionnel forcé avec son UE.

Il se peut que les tentatives éhontées de pression de Bruxelles aient le même effet sur le Conseil fédéral que le guide des autorités sur le flirt à propos du débat autour du sexisme: celui d'un révélateur qui permet à tout le monde de réaliser la nature de l’étrange spectacle qui se joue sous nos yeux. L'UE veut faire main basse sur la Suisse. Elle exige que nous reprenions automatiquement à l'avenir le droit européen. Dans le doute, la décision reviendra à la Cour de justice de l'Union européenne. La Suisse viendrait s’emboîter dans l'UE comme une pièce de Lego rouge et blanc. Au moins, nous savons maintenant ce que l'UE de Juncker entend par amitié. C'est l'amitié d'un parrain de la mafia qui vous casse amicalement le bras si vous ne faites pas ce qu’il vous demande.

C'est un peu raide de voir comment notre gouvernement national s'est laissé ridiculiser par le jovial président de la Commission. On a promis de l'argent d'emblée. Le Conseil fédéral a dissimulé cette décision pendant toute la semaine précédant la visite d’État, redoutant la colère générale. Après coup, il a fait de la capitulation masquée une stratégie, l'occasion pour l'UE de donner un tour de vis. Cet épisode pourrait entrer dans l'histoire de la diplomatie suisse comme morceau d’anthologie en matière d’incompétence. Nous sommes impatients de voir comment la négociatrice en chef Pascale Baeriswyl (PS) parviendra un jour à enjoliver et à justifier ce fiasco.

Doris Leuthard trouve encore à l'ensemble une «dynamique positive». La NZZ continue probablement d'exulter. Quant à la présidente de la Confédération, elle a des circonstances atténuantes. Elle cherche à faire un geste historique, quel qu'il soit, avant son départ. Le comportement de ses collègues laisse plus songeur. Comment ont-ils pu laisser la Suisse se méprendre d'une telle manière sur le plan diplomatique? Il est grand temps que le nouveau ministre des Affaires étrangères, Ignazio Cassis, presse définitivement sur le bouton «reset» du «traité d'amitié» de Juncker. Et pas question de verser l'absurde «milliard de cohésion», qui nous coûte de fait 1,3 milliard.

Concluons l'année sur une citation pleine d'espoir du Père de l'Église, Saint Augustin: «Aime une âme sage et parfaite dès que tu la vois, et une âme folle, non pour sa folie, mais parce qu’elle est capable de perfection et de sagesse. Car on ne doit pas s'aimer pour sa folie: quiconque s'aime de cette façon ne progressera point vers la sagesse». En d'autres termes, l'aspect positif d'une mauvaise politique est qu'elle produira tôt ou tard une meilleure politique.

Bon Noël!

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Kommentare

Rina Cohen

22.12.2017|11:43 Uhr

Je pense que les politiciens ainsi que les médias tournent autour du pot. Il s'agit plutôt d'une infraction des réglès du WTO auprès duquel la Suisse doit absolument enregistrer une protestation contre l'Uunion Européenne. Cette discrimination est purement politique et mérite une forte replique une fois pour toute. Si la Suisse se soumet à ce genre de chantage, cela continuera.

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