Sur la religion

Croire en Dieu est humain et raisonnable. Mais la religion est dangereuse.

Pour clôturer l'année, j'aimerais tenter d'écrire quelque chose sur la religion. Ceci est bien sûr un sujet délicat. D'autant plus que je ne suis pas religieux mais que je crois en l'existence d'un dieu qui croit en nous.

Une personne religieuse est pour moi quelqu'un qui attache une attention toute particulière à la relation entre lui et le bon Dieu. Il croit être très proche de Dieu, en tout cas plus proche que d'autres personnes moins religieuses.

Quiconque s'imagine plus près de Dieu que d'autres tend à se placer au-dessus des autres. Il se perçoit comme une meilleure personne, comme un bien-pensant.

Le religieux succombe à une deuxième erreur. Il s'imagine qu'il pourrait se rapprocher de Dieu par ses propres efforts.

Il estime que l'amour de Dieu peut se gagner délibérément. Il faut juste se donner suffisamment de mal.

C'est à peu près l'idée que ma grand-mère essayait de m'inculquer quand elle m'incitait tous les soirs à réciter la prière: «Mon Dieu, rends-moi pieux pour que je puisse entrer aux cieux, amen.»

Pour permettre à cette prière de s'exaucer pleinement, elle m'exhortait avant tout à ranger le désordre dans ma chambre. Faute de quoi, non seulement elle serait fâchée, mais le bon Dieu aussi.

J'ai remarqué de bonne heure que quiconque parle de Dieu fait probablement référence à soi-même. Aujourd'hui, je perçois le non-sens: Dieu tout-puissant ne peut pas être tout-puissant s'il suffit d'une comptine et d'une salle de jeu bien rangée pour diriger ses bonnes grâces dans la direction souhaitée.

Un tout-puissant qui se laisse si facilement soudoyer n'est pas tout-puissant.

Mais percer à jour une erreur ne signifie pas pour autant l'éviter. La plupart des religions continuent de prétendre que l'homme peut plaire au Tout-Puissant, gagner sa miséricorde et ses faveurs en agissant de manière «agréable à Dieu».

Dans le canton de Zurich, d'éminents ecclésiastiques protestants s'engagent actuellement contre la troisième réforme de l'imposition des entreprises. Ils sont probablement d'avis qu'ils marqueront de cette manière des points auprès du Tout-Puissant.

L'idée que l'homme puisse par son comportement exercer une influence sur Dieu est fausse, mais elle est séduisante. Pas étonnant que tant de gens y croient.

Dans un monde où nous ne pouvons même pas être sûrs de bénéficier de toute l'attention de nos amis, de nos enfants ou de nos épouses, la perspective de l'attention absolue du Tout-Puissant est exaltante, elle est une drogue stimulante surnaturelle.

Qui plus est, le bon Dieu, le créateur de l'univers, ne nous regarde pas seulement oublieux. Il tient également une comptabilité morale précise de nos actions. Il effectue un relevé complet qui promet l'accès automatique au paradis à partir d'un certain nombre de points.

Ce n'est pas Dieu qui décide qui va au ciel, mais c'est l'homme qui a entre ses mains la décision de Dieu. Si l'on s'en tient à cette idée tentante, quoique erronée, Dieu n'est en fait pas le chef, mais un gentil réalisateur de souhaits, un homme de main de l'homme, supérieur et sympathique.

Vous vous rendez compte?

On glisse presque imperceptiblement ici du culte de Dieu au culte de l’homme au nom de Dieu. Les gens qui croient que Dieu s'intéresse à leurs actions parlent de Dieu, alors qu'en réalité c'est d'eux dont il s'agit. Leur vénération de Dieu est au fond une autodéification.

Ce n'est pas anodin. Les gens qui s'arrogent la prérogative d'être en mesure de manipuler Dieu se sentent en alliance avec Dieu, liés d'une amitié exclusive avec lui, ils croient le comprendre, voir clair en lui.

Il ne reste plus qu'un petit pas à franchir pour que ces amis de Dieu, avides de grandeur, se prennent pour l'administrateur et l'exécuteur testamentaire de Dieu sur terre.

Jadis, les papes oignaient les épées avec lesquelles les saints guerriers chrétiens tranchaient les têtes des infidèles au Proche-Orient.

Aujourd'hui, ce sont des musulmans fanatiques qui se figurent être les instruments d'un plan divin lorsqu'ils foncent avec des camions dans les foules afin d'assassiner là-bas le plus possible de non-musulmans ou de faux musulmans ou des musulmans trop peu croyants à leurs yeux.

Il est dans la nature de l'homme, à la vue de l'univers, de se poser la question de l'origine. Il est humain de se figurer un être suprême, une force originelle, un dieu.

Mais partout où il y a un dieu, un risque existe que les hommes veuillent se substituer à lui. Dieu est une arme puissante. Placée dans de mauvaises mains, elle fait d'énormes dégâts.

Les Réformateurs Luther, Zwingli et Calvin ont perçu ce danger voilà 500 ans. Ils ont risqué leur vie pour s'opposer à l'autodéification de l'homme.

Leur message a transformé le monde: l'homme est l'homme, Dieu est Dieu.

Il ne doit pas y avoir de mélange des genres. Dieu aime les hommes, même les méchants, les mauvais. Dieu est là, mais on ne peut disposer de lui. Personne n'est l'exécuteur testamentaire de Dieu sur terre.

Les Réformateurs ont sauvé la foi de la séduction par le pouvoir. Ils ont protégé Dieu d'une profanation par les hommes.

Le brillant théologien suisse Karl Barth, professeur à Göttingen, a refusé, lors de sa prise de fonction, de prêter serment de fidélité au führer nazi idolâtré, Adolf Hitler. Après la guerre, il a, bien sûr, été le premier à tendre la main aux Allemands mis au ban de la société.

Le religieux se considère supérieur. Le simple croyant sait que nous sommes tous sur le même pied. La Réforme est la libération permanente de la foi de sa contamination religieuse.

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Alex Baur, Redaktor

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