Réforme

Pourquoi tout finit bien.

Le temps est à l'incertitude et au déferlement des conflits. En Europe, ça bouillonne.

Les Allemands sont furieux parce que l'argent qu'ils donnent aux autorités est jeté par les fenêtres en Italie. La redistribution du Nord vers le Sud est le sujet qui fâche. Partout, le malaise couve. De plus en plus de gens ont l'impression que cela ne peut pas continuer ainsi. Une ambiance de fin des temps se propage.

De l'Orient menace l'islam guerrier, avide d'expansion. Des fanatiques musulmans, de jeunes hommes forts, qui croient en leur supériorité sur l'Occident décadent, se pressent aux frontières. Personne n'est capable de les arrêter. Il y a des conflits et des affrontements, de la violence, des massacres, des décapitations rituelles, beaucoup de morts. L'Occident, hésitant, bat en retraite.

Le monde chrétien doute de plus en plus de lui-même. Avons-nous oublié nos propres valeurs? Pourquoi tous les maux s'abattent-ils maintenant sur nous? Pourquoi n'arrive-nous pas à maîtriser la migration du Proche-Orient? On impute la faute aux élites. Une grande bureaucratie supranationale qui régit la vie de Bruxelles à Rome, de Madrid à Stockholm, reste la plus puissante. La Suisse est aussi concernée, mais elle essaie, sous les regards suspicieux des autres, de se tenir à l’écart de cette pagaille.

La grande autorité unique, ni État ni fédération d'États, dit aux gens ce qu'ils doivent penser et faire, ce à quoi ils doivent croire, ce qu'ils ont le droit de dire, comment ils doivent s'habiller et se comporter. Même le chemin menant à l'illumination est très exactement prédéfini. Des intellectuels et artistes respectés inculquent de force les préceptes de la direction centrale. La diversité d'opinion n'est pas souhaitée. Quiconque enfreint les injonctions amicales s'attire des ennuis, est attaqué, puni, diabolisé, dans certains cas, marginalisé pour sédition, voire pour hérésie, annihilé.

Mais, soudain, on sent poindre une résistance. Les dignitaires de l'autorité universelle – un immense projet de paix – sont taxés d'hypocrisie et de tyrannie. Des orateurs en colère aux cheveux en bataille entrent en scène. Ils dénoncent la corruption et la déconnexion de la réalité des élites supranationales. Ils recueillent une approbation grandissante. Certains collent leurs programmes, sous forme d'affiches provocantes, sur les portes et les murs. D'autres produisent des écrits incendiaires, réprouvés par les institutions critiquées comme l'œuvre du diable. Si le mot «populistes» avait jadis existé, les autorités ecclésiales l'auraient utilisé pour qualifier ces orateurs charismatiques incendiaires, ces rebelles, ces fauteurs de troubles et ces enjôleurs.

Non. Tout cela ne correspond pas à l'UE en 2016. Cela nous renvoie à l'Europe au début du XVIe siècle. Les armées du sultan turc avancent à la conquête de l'Occident chrétien. L'Église universelle, qui ne s'appellera que plus tard catholique, semble grande et puissante, alors que de partout elle s'effrite, vacille et se désagrège. La prétention à la domination totale de l'institution, qui affiche, triomphante, de nobles idéaux, met en mouvement des forces contraires. Le commerce des indulgences et le gaspillage de l'argent au Vatican sont les scandales de l'époque. Mais la dissidence est dangereuse. Ceux qui dénoncent ces abus meurent sur les bûchers. Mais plus les contestataires, que l'on appellera bientôt les protestants, sont réprimés du sommet, plus leur mouvement devient dangereux. Le malaise prend de l'ampleur et se change en haine contre les seigneurs de l'Église.

Il est intéressant de voir comment l'Histoire se répète à travers des similitudes. À cette époque, avec Luther, Zwingli et Calvin, des théologiens réfractaires se sont élevés contre l'arrogance de l'Église unique. Ils estimaient que des canailles avaient fait main basse sur une bonne chose. Ils ne voulaient pas éradiquer l'ordre en soi, mais ils ressentaient comme une usurpation criminelle la manière dont une caste d'ecclésiastiques s'était désignée représentants du Tout-Puissant, incarnation d'une autorité surnaturelle, contre laquelle se rebeller était considéré comme vouer un culte à Satan. Ce détournement de Dieu à des fins terrestres a révolté Luther, Zwingli et Calvin.

Leur message principal était: Dieu est Dieu, miséricordieux, mais on ne peut pas disposer de lui, il est très proche et infiniment loin à la fois. Ils sentaient le danger. Les hommes parlent de Dieu, alors qu'ils parlent d'eux en réalité. En accaparant ce qu'il y a de plus sacré, ils se présentent comme moralement au-dessus des autres. Les Réformateurs ont combattu l'Église en tant que temple de ce narcissisme. Ils s'y sont opposés: personne ne doit jamais se substituer à Dieu! Telle était l'opinion des rénovateurs, c'est en cela que réside leur contribution à la liberté qui fait encore date.

Il faut à nouveau une Réforme. Peut-être est-elle déjà en cours. La nouvelle Église universelle de la politique se sert de multiples institutions qui s'appellent désormais UE, G-20, OCDE, FMI, Banque mondiale ou ONU. Les prêtres professionnels modernes se considèrent aussi comme les gardiens de la vérité et du bien. Ils se sentent la vocation de dicter aux gens ce qu'ils doivent penser et dire. Leur bûcher est le politiquement correct. La régulation totale de la vie quotidienne a dépassé un stade resté de l'ordre du vœux pieux pour les anciens papes. Peut-être est-ce une offense pour l'Église d'antan de la mettre aujourd'hui sur le même plan que l'UE.

Il n'y a rien de nouveau sous le soleil. Les erreurs de construction provoquent de nouveau des déstabilisations. Le clergé moderne se cramponne aussi à ses prébendes. Jadis, les tensions se sont résolues dans le sang avec la guerre de Trente Ans. En comparaison, Donald Trump, Geert Wilders ou Marine Le Pen sont des messagers pacifiques d'un progrès civilisateur. La bonne nouvelle est que l'Occident chrétien ne peut pas être vaincu de l'extérieur. Il peut que se vaincre lui-même. Ou se réformer. Cela se présente bien. La seule question est de savoir quand.

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