Entreprises publiques envahissantes

J'ai de la sympathie pour l'initiative de René Schuhmacher contre l'économie tentaculaire de l'État.

Les États ne sont pas des entreprises, les entreprises ne sont pas des États. Il existe des différences substantielles. On a, malheureusement, parfois tendance à les oublier.

Sur leur territoire national, les États ne sont pas exposés à la concurrence. Ils ont un pouvoir effrayant. Ils sont plus ou moins immortels. Les départements d'État survivent même lorsqu'ils sont en faillite, superflus ou les deux à la fois, grâce aux contributions obligatoires et aux impôts. Il faut souvent des décennies, voire des siècles, avant que ne meurent pour de bon des États morts.

En revanche, les entreprises doivent survivre. Elles sont confrontées à la concurrence. Elles doivent fournir des services que leurs clients paient de leur plein gré. Les entreprises en faillite, superflues, inutiles meurent rapidement, à moins d'être nationalisées. C'est d'ailleurs juste et une bonne chose. L'économie de marché est un système qui récompense le succès économique et sanctionne l'échec.

Les États et les entreprises sont différents. C'est aussi pourquoi ils sont dirigés autrement. Dans l'entreprise, ce sont les propriétaires qui décident, ou ceux qu'ils ont mandatés pour le faire. Les décisions viennent d'en haut, sont dictatoriales. La dictature doit ici être comprise sous un angle purement technique. «Dictature» signifie que quelqu'un doit prendre des décisions, donner des ordres et assumer la responsabilité. Là où les décisions sont erronées, les propriétaires répondent avec leurs biens.

Par contre, l'exigence souvent formulée par des entrepreneurs de diriger les États comme des entreprises est absurde. Les États gérés comme des entreprises sont des dictatures. Nous voulons une démocratie en Suisse, pas une dictature. Les dictatures d'État sont dangereuses. Les entreprises gérées sur un mode «dictatorial» sont inoffensives tant que la concurrence réfrène leur pouvoir. Les entrepreneurs sont rois chez eux, mais ne sont que des roitelets sur le marché.

Une bonne politique implique d'entraver politiquement les États qui sont des monopoles puissants, plus ou moins immortels. Alors qu'il faudrait libérer politiquement, autant que faire se peut, les entreprises privées qui, elles, ne sont pas des monopoles, sont mortelles et doivent s'imposer dans la concurrence quotidienne. De nombreux problèmes politiques se posent lorsqu'il y a confusion entre l'État et l'entreprise.

Ces circonstances font que je suis favorable à l'initiative «En faveur du service public» de l'avocat René Schuhmacher, situé plutôt à gauche et défenseur des consommateurs. Schuhmacher voit le problème: de nombreuses entreprises publiques suisses se comportent comme des entreprises privées. Elles aspirent à des rendements élevés, distribuent des dividendes énormes, versent des salaires qui se chiffrent en millions à leurs dirigeants et en oublient peu à peu leur mission publique, par exemple, en faisant des économies en Suisse pour gagner encore plus d'argent à l'étranger.

Ceci est incorrect et injuste. L'initiative de Schuhmacher vise à désenchevêtrer et à démêler. Elle part d'idées justes: il y a des entreprises publiques dont on ne peut ni ne souhaite abandonner les offres au marché. Tant que nous voulons avoir un service public, nous devons nous demander selon quels critères l'organiser. Schuhmacher a raison quand il revendique la mission politique de l'État dont le but n'est pas le rendement, mais la réalisation des missions souhaitées par les citoyens.

L'initiative demande aux entreprises publiques de réinvestir impérativement les profits qu'elles génèrent avec le «service universel» protégé par l'État dans ce même service. Injecter des dividendes et/ou des investissements élevés dans d'autres domaines est interdit. Le raisonnement est logique. Il est injuste que les entreprises soient autorisées à investir comme bon leur semble les bénéfices qu'elles engrangent grâce à des privilèges publics pour les accroître. La Poste, par exemple, économise sur les services en Suisse pour faire des affaires au Vietnam. On néglige les missions de base pour se développer ailleurs. Cela n'est pas normal.

La revendication de Schuhmacher que les chefs d'entreprises publiques réduisent leurs salaires est aussi juste. Ils doivent gagner correctement leur vie, mais pas trop non plus dans leur petit milieu protégé. Cela n'a rien à voir avec l'envie ou la polémique, mais c'est une exigence objectivement justifiée du point de vue libéral. Premièrement, les dirigeants des entreprises publiques supportent moins de risques. Deuxièmement, il n'est pas juste que l'État braconne, avec tous les avantages dont il dispose, sur le marché de l'emploi en proposant des salaires exorbitants. Les emplois publics offrent la sécurité et la reconnaissance. Quiconque veut se remplir les poches devrait continuer à le faire sans filet.

Je vais voter oui. L'initiative n'a, à mon avis, qu'un seul défaut. Elle ne va pas assez loin: les entreprises publiques suisses ne devraient pas non plus être autorisées à se développer à l'étranger. La Poste n'a pas sa place au Vietnam, Swisscom a perdu des milliards en Italie. Le socialisme signifie que l'État s'estime être le meilleur entrepreneur et agit en conséquence. Le socialisme a fait faillite parce que les États ne sont pas de bons entrepreneurs. Or, c’est actuellement une situation socialiste qui règne chez Swisscom, à La Poste, aux CFF et à la SSR. Ce n'est pas la bonne voie.

J'aimerais, si l'initiative devait être adoptée, que le Parlement interdise dans la législation aux entreprises publiques de faire des affaires à l'étranger. Si La Poste veut intervenir au Vietnam qu'elle se fasse privatiser auparavant. Pour se développer en Italie, Swisscom ne devrait pas avoir d'actionnaire majoritaire public. L'erreur est double lorsque des entreprises favorisées par l'État prennent des risques à l'étranger avec des bénéfices obtenus dans les services publics en Suisse, risques que devra, au final, assumer le contribuable suisse. L'initiative «En faveur du service public» ne se contente pas d'aborder les vrais problèmes. Elle fournit également des solutions praticables.

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