Anmelden und lesen
Abonnemente
«Un bon concurrent»: le couple présidentiel Trump, Poutine
Bild: Alexei Nikolski (Sputnik, Keystone)

Grands moments

Trump s'avère brillant en politique étrangère.

Qu'y a-t-il au juste de scandaleux dans la politique de Trump? Qu'il baisse les impôts et fasse avancer les déréglementations? Qu'il fasse la paix avec la Corée du Nord? Qu'il mette fin à la guerre froide avec la Russie et traite respectueusement Poutine? Qu'il tienne ses promesses électorales? Qu'il sorte d'un accord sur le climat dont même les partisans disent qu'il n'apporte rien? Qu'il veuille amener par des sanctions douanières les Chinois et l'UE à abaisser les leurs? Vous savez, le soi-disant protectionnisme destructeur. Vous êtes sûr? Attendons que Trump décroche les nouveaux accords commerciaux qu'il appelle de ses vœux.

Plus Trump fait bien les choses, plus ses adversaires semblent acharnés. Après le sommet d'Helsinki, le New York Times a mis en ligne sur la page d'accueil de son site un dessin animé qui caricature Trump et Poutine en couple gay, ridiculement amoureux, faisant une ballade en voiture homo-érotique. Le vénérable journal aurait-il mis si artistiquement en scène des plaisanteries racistes sur Barack Obama, le prédécesseur de Trump? Probablement pas. Les moralisateurs de gauche se sont débarrassés de Dieu pour se hisser sur son trône. Le politiquement correct est leur nouveau bûcher. Et tous les moyens sont bons à ce clergé de gauche pour s'opposer à Trump, l'hérétique.

Inversement, il faut que le désespoir soit profond pour n'avoir plus que des blagues gays primitives sur Trump. Depuis des mois, ses adversaires tentent sans le moindre succès de démasquer en Trump le criminel, l'instigateur de fraude électorale, le harceleur sexiste ou l'extrémiste de droite. Ils discutent sans arrêt sur CNN de la manière dont les Russes ont manipulé la campagne électorale américaine. Il semble impensable, aux yeux des experts, que des millions de citoyens américains se soient volontairement prononcés en faveur de Trump, contre Hillary Clinton. Il faut que les Russes aient été derrière, comme si l'on pouvait télécommander des millions de cerveaux d'électeurs américains à partir de Moscou.

Il y a manifestement une tendance paranoïaque dans la politique américaine. Mais les adversaires de Trump pressentent aussi que le président est bien meilleur et différent des scénarios catastrophes qu'ils ont propagés sur lui. Peut-être que toute cette énergie hostile est aussi l'expression d'une saine culture démocratique. Dans tout écosystème, les forces antagonistes se concentrent lorsqu'une créature menace de trop se déployer et de prendre trop d'ampleur. Avec Trump, l'opposition frise parfois l'hystérie. Ses opposants et la plupart des journalistes ne semblent pas vouloir réfuter Trump. Ils veulent s'en débarrasser, provoquer un impeachment, le détruire.

Bien sûr, Trump est une sorte de John Wayne de la politique, un irrespectueux permanent du protocole, tout simplement un Américain typique, capable, un peu vantard, le shérif d'un western d'arrière-garde, grossier, mais au grand cœur. Sa provocation: faire ce que tous les présidents américains ont fait avant lui, à savoir défendre les intérêts américains. Sauf que Trump ne cherche pas à dissimuler sa politique derrière un verbiage mielleux. Il appelle les choses par leur nom et parle franc dans une langue qui n'est pas aseptisée. Avant de le critiquer pour sa franchise brutale, son franc parler, disons-le tranquillement pour son honnêteté, il faudrait se demander si le contraire, si un ton plus amène ou plus d'hypocrisie élégante serait une alternative pertinente.

Trump est un cow-boy, mais il n'est pas un clown. La plupart des médias se sont accordés pour en faire une sorte de parfait idiot, mais il se définit lui-même comme un «génie stable», ce qui est probablement plus proche de la réalité. Trump, le novice, s'avère être un politicien à l'instinct sûr et intelligent. Et effectivement, sa politique étrangère prend des traits de génialité, pas seulement depuis Kim. Ce qu'il a produit au cours des deux dernières semaines était brillant, virtuose, intelligent – la diplomatie comme partie d'échecs simultanée, savamment mêlée de lutte libre.

Il a commencé à force d'affronts et de flatteries par effrayer ses partenaires de l'OTAN qui renâclent à payer. Les Allemands qui profitent du gaz russe bon marché et des dépenses militaires américaines en ont pris, en première ligne, pour leur grade, à juste titre. Il a donné un coup de main aux Britanniques pour le Brexit, ce qui a déplu à la Première ministre, Theresa May, que Trump a ensuite désarmée lors de la conférence de presse commune avec son irrésistible sourire de requin. Chez la reine, il a joué l'homme d'État sérieux, avant de tomber de nouveau à bras raccourcis sur l'UE dans une interview, UE qu'il a qualifiée d'«ennemi» des Américains à cause de ses droits de douane. Les médias ont fait du choix des mots employés une déclaration de guerre, mais Trump avait délibérément évité le terme agressif «enemy» pour le remplacer par le mot archaïque «foe», rival, plus doux. Son style expéditif est remarquablement subtil.

Sa rencontre avec Poutine a été un coup maître. Il a trouvé le ton juste, caressant dans le sens du poil l'âme russe hypersensible, tout en lui témoignant un respect à propos. Le président Poutine n'est pas un adversaire, mais «un concurrent et, qui plus est, un bon», aux dires de Trump. Les Russes ont bu du petit-lait. Les médias ont été agacés que le président américain ait renoncé à faire publiquement la leçon à son homologue et à lui faire des reproches concernant toute cette absurde prétendue manipulation électorale russe. Hypnotisés par leurs théories complotistes, les journalistes n'arrivaient pas à croire que deux hommes d’État se réunissent entre collègues, d'égal à égal, sans se couvrir de reproches. Les médias ont été horrifiés que Poutine tout comme Trump cherchent à trouver un terrain d'entente au-delà de toutes les différences et conflits. Le refus commun des deux présidents de revenir à la guerre froide a rendu fous les commentateurs.

Oui, le sommet d'Helsinki a marqué une étape importante, constitué un grand moment de rapprochement des peuples et un triomphe pour Trump. Que le président américain ait même fait son autocritique en présence de Poutine était une sensation. Pour le monde, et toute particulièrement pour l'Europe, c'est une bonne nouvelle que la situation entre les grandes puissances se détende. Quand les Européens s'en rendront-ils compte? Trump a réalisé depuis longtemps que les Russes sont des partenaires naturels de l'Occident et qu'il faut tout simplement savoir les comprendre en partant de leur propre histoire.

Trump est plus intelligent, plus nuancé et plus perspicace que la plupart de ses détracteurs.