Éditorial

Crash

Je me suis trompé. Impressions d'un piètre augure.

De Roger Köppel

Le lendemain de ma terrible défaite dans les urnes, la gauche jubile au Palais fédéral. Ils déambulent dans les couloirs enjoués, presque flottants sur un nuage. Moi-même, de bonne humeur, en dépit de ma cruelle erreur de jugement, je tombe sur un petit groupe de joyeux sociaux-démocrates dans un vestibule dépouillé.

Bonne ambiance. Pas de coups de griffe. On dirait qu'ils ont pris quelques centimètres, du jour au lendemain. Ils sont même étonnés que la réforme fiscale ait été si brutalement enterrée. Personne n'attendait une telle déferlante. Ils me sondent, tout contents, pour mesurer le degré de ma tristesse.

Nous tombons d'accord sur un éloge de la démocratie directe. L'un d'entre eux susurre qu'il est merveilleux de voir comment le peuple imprime toujours son orientation à la politique. Voyait-il les choses ainsi après l'initiative contre l'immigration de masse? Un autre déclare qu'il n'a jamais compris pourquoi précisément l'UDC était favorable à une réforme fiscale qui nous est imposée par l'étranger.

Là, il a raison. Tout d'un coup, je commence aussi à y voir clair. Cette réforme fiscale était bien intentionnée, mais l'approche n'était pas la bonne. Pourquoi la Suisse devrait se laisser imposer par l'UE ou l'OCDE un nouveau système fiscal, alors que l'ancien fonctionne si bien et avec tant de succès?

Je l'avoue: je me suis trompé. Je suis un piètre augure. Mais, par bonheur, il n'est pas interdit d'apprendre de ses erreurs. Précisément, c'est le côté positif de la démocratie directe avec ses décisions populaires. Comme en sport ou dans les affaires, le résultat a le pouvoir d'ouvrir les yeux, de ramener à la raison.

Ce résultat n'est pas une catastrophe, et c'était bien là mon erreur. Il est un signal d'alarme, salutaire. Gardons-nous d'interprétations abusives. Les gens ne voulaient pas de cette réforme. À leurs yeux, elle était trop compliquée, trop chère, peut-être même surchargée, trop européenne, trop difficile à évaluer quant à l'impact sur leur porte-monnaie.

À l'inconnu, nul n'est tenu. Et quand quelque chose ne convainc pas, la faute revient à son auteur. Dimanche dernier, des abîmes de méfiance se sont creusés. L'économie et ses représentants sont défaits et hors-jeu. Certes, des erreurs ont été commises, mais cela n'a pas été décisif. Les partis bourgeois ont été écrasés par des forces qui leur étaient supérieures.

C'est une bonne chose que ce soit si net. Accordons ce rare plaisir au chef du PS, Christian Levrat, qui pourtant se trompe. Nous n'assistons pas à un virage à gauche. Nous ne sommes pas sur le point de nous défaire de l'économie de marché. La Suisse est l'un des pays au monde les plus favorables à l'économie. Cela reste le cas. Nous aimons nos entrepreneurs. Mais pourquoi donc cette gifle retentissante?

Une explication possible est fournie par l'économiste et prix Nobel Friedrich August von Hayek, libéral pur et dur, bouffeur de socialistes de la vieille école et, surtout, avisé. Il a fait valoir en substance que ce n'est pas bien vu dans les démocraties lorsque des pans de la société donnent l'impression de vivre sous un autre régime de lois. Les démocraties ont besoin d'une sorte d'éthique de l'égalité en matière de règles.

Récemment, ce contrat social tacite a de nouveau été écorné. Cela a commencé durant la crise financière avec les «arnaqueurs» et la mentalité du self-service. Aujourd'hui, le sujet qui fâche est l'immigration. Le peuple veut freiner, l'économie appuie sur l'accélérateur. Le Parlement a même contribué à neutraliser la constitution. La riposte arrive maintenant.

Qu'est-ce que le monde de l'économie aux yeux de nombreux opposants à la réforme? C'est un ramassis d'entreprises égoïstes qui font venir de plus en plus de main-d'œuvre pas chère de l'étranger et qui, par-dessus le marché, veulent qu'on les récompense par des baisses d'impôts. La facture des pertes subies sera présentée, tant qu'à faire, au peuple, que l'on contourne allègrement et impudemment avec l'immigration de masse.

Si ma théorie est juste, les arguments des promoteurs de la réforme n'ont fait que creuser le fossé et augmenter la colère. La formulation était différente, mais on a entendu en fait: «Baissez les impôts des sociétés qui font venir des étrangers bon marché pour attirer à l'avenir encore plus d'entreprises étrangères qui feront travailler encore plus de main-d'œuvre étrangère pas chère.»

On ne peut pas le prouver, mais je crains fort d’avoir raison. L'immigration illimitée suscite un ressentiment envers les milieux économiques, dont profite la gauche et qui porte préjudice à la Suisse. Les associations économiques vivement sanctionnées par ce vote seraient bien avisées d’en prendre note.

On peut tirer deux leçons de cette analyse.

Premièrement, revenons à une migration contrôlée. Nous n'avons pas besoin d'invasion massive. Ce qu'il faut, c'est une immigration modérée, sur mesure, d'étrangers dont nous avons vraiment besoin et qui ne deviennent pas une charge pour les services sociaux ou les prisons. Moins d'immigration signifie moins de méfiance, moins de pression, plus de liberté, moins de gauche. La recette est dans la Constitution que le Conseil fédéral et le Parlement se refusent de mettre en œuvre.

Deuxièmement, ne touchons pas à notre système fiscal. Que nous apporte une réforme bâclée de plus? La nouveauté a été rejetée, alors gardons l'ancien. On dirait presque une mauvaise blague: l'oasis de la Suisse devrait se laisser dicter par des déserts l'aménagement de son jardin. On croit rêver!

Nous allons résister à la pression et aux «listes noires». Probablement. Les États-Unis sous la direction de Trump baissent les impôts pour faire revenir les entreprises. Les Britanniques prennent la même direction. La Suisse ne devrait-elle pas emboîter le pas aux Anglo-Saxons plutôt qu'aux faillis de l'UE?

Restons tranquilles et attendons la suite.

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