Éditorial

Liberté de l'Est

Bonne nouvelle: dans l'UE, les temps changent.

De Roger Köppel

Les résultats des récentes élections en Autriche et en République tchèque confirment la tendance: les gens en ont plus qu'assez des élites européennes et de leurs conceptions erronées. La direction officielle de l'UE est sur le point de transformer ce continent selon ses vues, sans se préoccuper des citoyens. Un grand nombre estime que ses décisions solitaires menacent les valeurs fondamentales et les fondements de notre culture. Cela suscite des résistances qui se manifestent dans les urnes.

Il n’y a pas que les frustrés et les laissés-pour-compte pour opposer leur veto. Ce ne sont pas la colère et les préjugés de hordes xénophobes qui réservent d’importants succès aux petits partis. Derrière cette révolte, il y a l’aspiration rationnelle et compréhensible au changement de citoyens et citoyennes responsables et raisonnables. C'est la démocratie.

Le désir d'une réelle opposition est palpable dans les pays voisins de la Suisse. En Allemagne, depuis plus d'une décennie gouverne plus ou moins la même clique avec plus ou moins la même politique sociale-démocrate. On peut en dire de même de l'Autriche. Là, une coalition de démocrates-chrétiens libéraux de gauche et d'un parti socialiste (SPÖ) a présidé la destinée de ce pays depuis une éternité.

Opposition oui, mais opposition à quoi? En résumé, au déni de réalité et à l'arrogance des milieux dirigeants. Beaucoup de gens ont l'impression que la politique officielle depuis des années les gouverne en les ignorant. Ils ne se reconnaissent ni dans les décisions ni dans les institutions. Ce ne sont pas que des susceptibilités subjectives. La question bien plus fondamentale est de savoir si les gens sont encore représentés ou pris au sérieux en démocratie.

Les ferments de la rébellion sont connus: l'immigration non contrôlée venant d'Afrique et du Moyen-Orient, couplée au refus de vouloir ne serait-ce que parler du problème des criminels étrangers et de l'islamisation. Sans oublier la politique européenne irresponsable de la planche à billets de la Banque centrale qui ruine les épargnants avec des taux d'intérêt absurdes, égaux à zéro, voire négatifs.

À cela vient s'ajouter un malaise général dû à l'hypertrophie de l'État financé par l'impôt, étroitement lié aux lobbys de l'aide au développement, des écolos, du politiquement correct et du genre. De nombreux Européens et Allemands devraient avoir perdu aujourd'hui la foi en l'étatisation du financement des énergies renouvelables. Ils voient ce qui ne va pas, mais s'ils disent quelque chose, les élites leur clouent violemment le bec.

Ce n'est pas par hasard que les porte-parole et les meneurs de la résistance proviennent, de notre point de vue, des pays d'Europe centrale et orientale. Les anciens satellites soviétiques ont consenti de grands sacrifices pour conquérir leur liberté. Ils aspiraient à la démocratie, à l'État de droit et à la liberté d'expression, sans interdits de penser et de s'exprimer en vertu du politiquement correct. Nombreux ont cru voir en l'UE la réalisation de leurs aspirations. Aujourd'hui, ils constatent désabusés qu'ils se sont jetés dans les bras d'une entité qui menace dangereusement de s'apparenter à la prison dont ils ont pu s'échapper.

C'est un peu rapide, mais cela reflète bien l’état d'esprit de nombreux Tchèques, Slovaques, Polonais et Hongrois. On ne doit pas traiter ces peuples fiers, épris de liberté, avec arrogance, en leur adressant des sermons ou en leur clouant le bec. C'est se méprendre que de vouloir renvoyer des gens comme le premier ministre hongrois, Viktor Orbán, dans le camp des populistes ou de l'extrême-droite. Comme la plupart d'entre eux, Orbán n'est pas un adversaire de l'UE, mais un européiste convaincu qui, cependant, n'apprécie pas l'orientation générale centralisatrice que prend l'Union.

«Chaque Hongrois est en soi un combattant de la liberté», a déclaré le Premier ministre hongrois à Weltwoche. Si l'UE est intelligente, elle se laissera inspirer par l'esprit de liberté qui souffle de l'Est. Bien des choses bougent. Le président français Macron se voit en sympathique Napoléon d'une UE renouvelée. Il est possible qu'il entende par là plus de France et plus de centralisme, mais ce n'est pas dit. On pourrait croire ce nouveau venu flexible indiquer par tactique qu'il va tourner à gauche pour aller à droite, adopter une vision européenne gaullienne qui rêvait d'une «Europe des nations».

Et que fait Merkel? La chancelière passe pour ébranlée, voire finie. Ses adversaires ne l'épargnent pas. On verra bien. Nous gardons pleinement espoir. Merkel est la femme politique la plus flexible de notre époque. Elle a commencé comme un réformatrice libérale-conservatrice en 2003, avant de virer à gauche au point de presque anéantir le SPD. On peut imaginer la physicienne remettre maintenant le cap à droite. Se transformera-t-elle en alliée secrète des réformateurs de la liberté de l'Est? Merkel est la dirigeante qui a une vraie deuxième chance – raison pour laquelle elle fait la couverture de ce numéro.

Mais peu importe ce qu'elle finira par décider en ses palais. Quoi qu'il en soit, on peut d'ores et déjà constaté, rassuré, que les temps de la monoculture européenne sont révolus. Il y a plus de diversité et de vrais affrontements, moins d'harmonie de façade, sempiternel mensonge. Pourtant, cette illusion a justement séduit et hypnotisé les officiels suisses, tout particulièrement le Conseil fédéral et ses négociateurs, un peu comme Mowgli, l'enfant de la jungle, l'était face au serpent aux yeux multicolores dans le dessin animé du «Livre de la jungle».

L'UE monolithique se fissure, se transforme, et c'est une bonne nouvelle pour la Suisse. Qui pense encore aujourd'hui sérieusement à arrimer la Confédération institutionnellement consolidée au grand chantier institutionnel de l'UE? Bon, les derniers incorrigibles s'accrochent au sein du Palais fédéral, ils siègent dans les médias, dans les hautes sphères des grands groupes. Leurs projets sont dangereux, mais ils signifieraient une rébellion contre la réalité.

Le temps travaille pour une Suisse indépendante qui reste elle-même – ainsi que pour l'UE. Nous ne nous réjouissons pas de sa fin, mais nous sommes confiants en un avenir meilleur en suivant la voie tracée par l'Est.

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