Éditorial

Mariage forcé

Les pro-rattachement à l'UE désormais majoritaires au Conseil fédéral. Theresa May – une lueur d'espoir.

De Roger Köppel

Après la session d'hiver, j'étais furieux et déçu. Mon moral était au plus bas au terme de ma première année au Palais fédéral.

Sous l'égide du PS et de leur nouveau partenaire junior, le PLR, tous les partis, à l'exception de l'UDC, enterraient la décision populaire contre l'immigration de masse. Nous en avons largement informé dans ces pages.

Ce n'était pas seulement une violation sans scrupules de la Constitution, un non-respect des droits du peuple. Le pire est que les milieux politiques s'obstinent à refuser l'arrêt de l'immigration démesurée.

Cette année aussi, le solde migratoire net sera de nouveau supérieur à 60 000 étrangers. C'est de la folie. C'est destructeur pour la Suisse. Pour le cartel politique de la Berne fédérale, cela n'a pas d'importance. L'essentiel, c'est de faire aboutir leurs intérêts.

Nous devons agir, mais comment?

Telle était à peu près mon état d'esprit avant les vacances de Noël. J'avais hâte de passer quelques jours tranquilles, en famille, à la montagne.

Enfin pouvoir déconnecter, en finir avec cette duplicité, et enfin pouvoir, du moins je le croyais, lire à nouveau les journaux sans voir les visages autosatisfaits et moqueurs de Cédric Wermuth, Kurt Fluri ou Simonetta Sommaruga, qui se réjouissaient sans borne de leur revanche mesquine sur l'UDC pour le référendum perdu.

Je m'étais réjoui trop tôt.

Peu de temps avant Noël, je lisais une interview de la présidente de la Confédération, Doris Leuthard. Je n'en croyais pas mes yeux. Ce n'était pas possible.

Était-ce une coquille? Est-ce que je souffrais d'un trouble nerveux de la vue après toutes les émotions de la dernière session?

Non, c'était vrai. C'était bien écrit.

À la question comment elle voyait les relations entre la Suisse et l'UE, Leuthard a déclaré qu'elle voulait les «normaliser» durant l'année 2017 de sa présidence.

Normaliser? Que signifie normaliser?

Qu'y a-t-il là d'anormal? Qu'entendait-elle par là?

C'est alors que vint la phrase qui clarifiait tout: d'après la présidente de la Confédération, la Suisse devait conclure cette année un accord avec l'UE qui apporterait une solution aux «questions institutionnelles».

Maintenant, c'est sur le tapis, maintenant, c'est donc officiel. Le Conseil fédéral veut amarrer la Suisse à l'Union européenne. Ce serait l'abandon, la destruction de la Suisse. Mais je vais y revenir.

Qu'appelle-t-on «questions institutionnelles»? La Suisse doit s'engager à reprendre automatiquement dans toutes les relations contractuelles avec l'UE toutes les lois et les modifications législatives de l'UE. Les Suissesses et les Suisses n'édictent plus leurs propres lois, mais l'UE.

Ce que l'UE veut, c'est un mariage forcé.

Un accord institutionnel signifie en outre que la Suisse est sous l'autorité de la cour suprême européenne, la Cour de justice de l'Union européenne. En cas de conflit, ce sont les juges de l'UE qui décident.

Mais cela ne s'arrête pas là: si la Suisse refuse de reprendre les arrêts de la Cour européenne, l'UE peut prendre des sanctions à l'encontre de la Suisse. Berne appelle ces sanctions «mesures compensatoires», pour leur enlever de leur brutalité, mais ce sont des sanctions.

Il est vrai que la Suisse n'a pas encore signé le traité de capitulation. Mais elle est sur le point de le faire. La primauté des juges européens est d'ores et déjà acceptée par le Conseil fédéral. Le seul point de litige porte sur l'étendue des sanctions.

Les négociateurs enjolivent la chose, mais ce qui se préfigure est l'abandon de la Suisse. Elle doit se soumettre à l'UE sur le plan du droit. Ce serait la fin du principe d'autodétermination de notre droit.

Telle est la ligne à haut risque suivie par le gouvernement. Et les pro-rattachement à l'UE sont majoritaires au Conseil fédéral: Leuthard, Burkhalter et les deux PS contre Schneider-Ammann et les deux représentants de l'UDC. Quatre contre trois.

Qu'en est-il au Parlement? Je viens de soumettre une proposition qui vise à interdire de tels liens institutionnels. La Suisse ne doit pas être autorisée à conclure des traités qui nous imposent un droit étranger et des juges étrangers.

Bien que tous les partis du centre affirment être aussi «naturellement» opposés à de tels accords, ils ont «naturellement» rejeté ma proposition à une grande majorité.

En cas de doute, contre la Suisse: le PLR et le PDC semblent, à de louables exceptions, aussi favorables à ce mariage institutionnel forcé.

Nous devons l'empêcher. La Suisse se porte mieux tout simplement parce qu'elle n'est pas dans l'UE, parce que ses citoyens décident comme ils l'entendent. Souvent contre la volonté des politiciens qui, comme c'est bien compréhensible, préféreraient avoir plus leur mot à dire.

Ce sera un combat difficile, mais pas désespéré. Les partisans du cadrage de la Suisse minimisent leurs intentions. Beaucoup sont malhonnêtes et dissimulent leurs objectifs.

Ce n'est pas comme pour l'EEE. À l’époque, le Conseil fédéral a joué cartes sur table. Il a admis que l'adhésion à l'UE pour la Suisse était à terme l'objectif. Aujourd'hui, c'est le règne de l'imposture.

La bonne nouvelle au final, c'est que je reste optimiste. Il n'y a pratiquement plus personne dans l'UE qui soit encore favorable à cette UE. Les derniers enthousiastes européens sont bunkerisés dans la Berne fédérale. Le temps joue contre eux.

La Grande-Bretagne montre la voie: sa Première ministre, Theresa May, veut un Brexit dur. Contrairement au Conseil fédéral, elle n'envoie pas d'euro-turbos à Bruxelles pour négocier. Contrairement au Conseil fédéral, elle prend au sérieux la décision populaire concernant la migration.

Ce que font les Britanniques aide à la Suisse. Dans un éloquent discours à Davos, elle a fait passer son message: «Seul un pays qui contrôle son propre destin peut jouer pleinement son rôle dans le monde». L'indépendance et l'ouverture au monde ne sont pas antagoniques.

Pour May, l'autodétermination nationale ne signifie pas se retirer du monde, mais y entrer de plain-pied. Seule une personne sans attaches est vraiment libre.

Pour nos lecteurs, le fait que national et international aillent de pair semble familier. L'autodétermination ouvre au monde. C'est le modèle de la réussite des États libéraux qui a fait ses preuves. Pour la Grande-Bretagne. Et pour la Suisse.

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