Éditorial

Apôtres des ouragans

En quoi «Irma» me fait penser à l'écrivain Stephen King.

De Roger Köppel

Voilà bel et bien un sujet pour un futur roman de Stephen King. Cet écrivain américain, maître de l'horreur intelligente, a écrit des livres sur ce qui arrive aux gens quand ils sont confrontés à des menaces qui les dépassent.

Je me souviens d'un film de Stephen King dans lequel quelques Américains se barricadaient dans un supermarché tandis que des monstres sans nom, des araignées géantes aux longues pattes ou des scarabées avec d'énormes dards venimeux descendaient d'un nuage blanc inquiétant pour s’abattre sur l'humanité.

King s'intéresse dans ce film moins aux propriétés physiques des créatures, sa fascination s’attache à la manière dont les gens se défendent et, surtout, dont leur communauté change lorsqu'elle est attaquée par un horrible danger, comme envoyé par un dieu en colère.

Dans le supermarché, les anciennes hiérarchies n'ont brusquement plus cours. Le politicien local, jusqu'ici triomphant, se terre et s'avère être un lâche. La caissière insignifiante à lunettes révèle soudain des talents insoupçonnés de leader.

Mais surtout, l'attaque des insectes monstrueux déclenche la sainte fureur d'un cinglé au rayon animalerie, passé jusqu'à maintenant inaperçu, mais que la nouvelle situation transforme en prédicateur charismatique inattendu, en autorité religieuse. Il met les gens de son côté en assimilant les monstres à une punition divine, à une invasion moderne de sauterelles dirigée contre les mortels impies.

L'artifice fonctionne. Les gens dans le supermarché suivent bientôt aveuglément le nouveau Moïse, qui est peut-être une femme, le film est déjà vieux. La nouvelle qu’il propage requiert une obéissance inconditionnelle. Quiconque résiste ou conteste les interprétations du prophète doit quitter le supermarché, promis à une mort certaine.

Le film dure une bonne heure et demie. Les spectateurs ignorent la signification de ce nuage blanc et des insectes tueurs. Serait-ce vraiment une punition du Tout-Puissant? Rien à voir! ces insectes, qui se sont accidentellement échappés, sont des créatures de l'armée américaine. À la fin, des policiers emmènent le prédicateur, redevenu un simple esprit dérangé.

Que veut nous dire King avec cette histoire? Tout d'abord, qu'il faut arrêter d'écouter des gens qui proclament, dans des situations difficiles, parler au nom de vérités supérieures ou de la volonté divine. Ce sont des fous, des arnaqueurs, ou les deux. Ensuite, de ne pas s'attribuer automatiquement toutes les catastrophes que l'on ne comprend pas d'emblée. Cet «égocentrisme de la faute» envoie directement la balle dans le camp du mal. Pourquoi est-ce que je mentionne maintenant Stephen King et sa théorie du charlatan du catastrophisme religieux? Parce que ces charlatans nous répètent précisément de nouveau partout ce que King a si bien saisi avec sa parabole des monstres pour en faire une histoire captivante: les récentes tempêtes, éboulements de rochers et chutes de séracs seraient la juste punition de nos péchés, pas des insectes monstrueux, mais d'autres fléaux provenant du nuage.

Prenons, par exemple, la présidente Doris Leuthard. Entre les masses rocheuses de Bondo, elle a récemment prêché, en vêtements et bottes en caoutchouc de designer, que nous sommes tous responsables de cette catastrophe, car la montagne s'est effondrée en raison du «changement climatique d'origine anthropique» qu'il s’agit désormais de combattre résolument, évidemment avec la politique énergétique et climatique de la présidente de la Confédération. Mais demandons à Madame Leuthard si elle peut garantir qu'il n'y aura plus de glissements de terrain en Suisse si sa stratégie énergétique passe un jour?

Désolé, mais je ne vois pas de différence entre le prédicateur cinglé du supermarché de Stephen King et les journalistes et les quidams du petit écran qui propagent frénétiquement depuis des semaines, par exemple dans le quotidien scientifique Blick, la thèse selon laquelle les ouragans de la Floride et du Texas seraient la réponse à tous ceux qui refusent d'acheter une Tesla ou d'approuver l'accord sur le climat de Paris.

Je suis sûr que ces gens aimeraient traîner le nouveau président des États-Unis devant un tribunal de Nuremberg sur les crimes climatiques, ce dont ils s'abstiennent provisoirement uniquement parce qu'ils pressentent dans leur for intérieur que le refus de Trump de signer cet accord climatique, de toute façon non contraignant, tout juste avant les vacances d'été n'a certainement pas pu déchaîner la puissance de deux tempêtes tropicales. Toutefois, il ne manquera aucun élément de preuves lorsqu'au plus tard l'année prochaine une tempête renversera un palmier, quelque part sur la côte atlantique, à la fin de l'été.

Néanmoins, il y a tout aussi peu de chances aujourd'hui de couper l'herbe sous le pied des prophètes de l'apocalypse climatique avec des arguments qu’il était vain dans le roman de Stephen King d'opposer des faits au prédicateur de la fin des temps, adepte de la catastrophe.

J'essaie quand même.

D'après le dernier rapport sur le climat du GIEC, «Executive Summary», tableau de la page 7, il existe dans le monde entier peu d'éléments («low confidence») pour étayer des changements à long terme du nombre et de la violence des tempêtes tropicales. Rien que dans l'Atlantique Nord, il y a eu presque certainement («virtually certain») plus de tempêtes depuis 1970, tandis qu'elles étaient peu nombreuses au début du 21e siècle. Devons-nous nous attendre au cours du prochain siècle à des ouragans plus forts? Ici aussi, les preuves s'avèrent, pour le moins, fragiles. Il en va de même du rapport entre le comportement humain et l'intensité des tempêtes.

On peut avancer que même le noble GIEC, expressément créé pour avertir l'humanité du changement climatique d'origine anthropique, doit admettre que l'augmentation de la dangerosité des tempêtes tropicales n'est pas clairement établie.

Est-ce que cela dérange l'un de ces apôtres des ouragans en dehors de ce cercle? Bien sûr que non, mais Stephen King savait déjà que la mauvaise conscience créée de toutes pièces par l'homme est la matière première la plus précieuse qui soit et, qui plus est, renouvelable à l'envi. Rien n'est plus doux que le pouvoir que l'on peut en tirer.

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