Éditorial

Le bourbier de Trump

Des millions pour les enfants placés; l'affaire avec la Russie; immigration et Adolf Ogi.

De Roger Köppel

L'Office fédéral de la justice (OFJ) de Simonetta Sommaruga fait une annonce intéressante. La demande de fonds de réparation destiné aux anciens enfants placés est beaucoup plus faible que prévu. À l'automne dernier, le Parlement dégageait 300 millions de francs pour leur indemnisation. On tablait sur environ 20 000 victimes encore en vie. Elles avaient un an pour se faire connaître et devaient obtenir 25 000 francs par personne à condition de remplir les critères. Or au terme des premiers mois, seules 2536 demandes sont parvenues. Si l'on en restait à ce modeste écho, cela signifierait que tout juste un tiers du fonds de Sommaruga serait épuisé. Certains milieux de gauche exigent déjà tout bonnement de relever les primes individuelles des requérants pour arriver à épuiser les 300 millions.

Quelle est la raison de l'intérêt relativement faible pour le prestigieux projet annoncé en grande pompe par la ministre de la Justice? Il se peut que le groupe ciblé se considère dans une moindre mesure comme des victimes que ce que leurs défenseurs souhaiteraient à Berne. Elles hésitent peut-être aussi simplement à prendre l'argent offert par l’État aux dépens d'autres contribuables. Question de responsabilité personnelle. Au Parlement, je me suis positionné contre ce fonds. Je ne suis pas partisan de transposer les conceptions morales d'aujourd'hui sur le passé, de mesurer les périodes antérieures à l'aune des critères du présent. Ce que les gens estiment juste et bien est toujours en lien avec le moment et les circonstances d'alors.

Je suis sûr que le système des enfants placés a été jadis inventé avec les meilleures intentions pour aider les garçons et les filles issus de milieux défavorisés comme le font aujourd'hui nos autorités de protection de l'enfant et de l'adulte (APEA). Il est probable que des politiciens exigeront un fonds de 300 millions de francs pour les victimes de l'APEA dans cinquante ans.

Comment interpréter les événements concernant le fils du président américain Donald Trump et les Russes? Cela n’augure rien de bien. De grands médias conservateurs américains, en particulier Fox TV, que j'apprécie normalement beaucoup comme opposition au camp hystérique qui veut anéantir Trump, minimisent l'importance de l'affaire. À tort. Les trumpistes affirment depuis des mois qu'il n'y a pas eu de contacts et pas de collusion avec les Russes pendant la campagne électorale. Ces allégations viennent d'être démasquées pour ce qu'elles sont: des mensonges. On a appris la semaine dernière que Trump Junior avait bien rencontré en juin 2016 une avocate russe qui prétendait avoir des informations officielles du Kremlin contre Hillary Clinton. Le jeune Trump a accepté la rencontre avec joie – «I love it», a-t-il écrit dans un courriel. Une erreur capitale.

C'est maintenant acté: le camp Trump avait l'intention de se liguer avec les Russes contre Clinton durant la campagne électorale américaine. Des Américains manigancent avec une puissance ennemie contre d'autres Américains. Cela semble mal parti. L'excuse selon laquelle l'avocate n'aurait pas apporté d'informations majeures est mince. Quiconque pénètre dans le bureau ouvert de collègues avec l'intention de les voler pour en ressortir les mains vides parce qu'il n'a pas trouvé, contre toute attente, le butin escompté, n'en est pas moins un cambrioleur, au vu de sa motivation. C'est l'intention qui compte.

Le fait que le fils de Trump n'a lâché les courriels en question que peu à peu, sous l'effet de la pression, n'arrange rien. Même après une interview bienveillante, censée établir une transparence totale, Trump Junior a dû admettre d'autres faits. Trump va-t-il maintenant virer son fils? Le président a aussi remporté les dernières élections parce que les gens en avaient marre des Clinton, de leurs manigances et de leurs scandales. Trump menace de tomber dans le marais qu'il voulait assécher.

Le Tages-Anzeiger et la NZZ sont, à l'unisson avec les offices fédéraux, pris d'un enthousiasme presque débordant au vu des nouvelles statistiques sur l'immigration. La migration recule, la méchante UDC se trompe. Telle est à peu près l'idée générale. À l'origine de cette offensive de liesse, le chiffre net des étrangers arrivés en Suisse ne s'est élevé qu'à 25 526 au cours du premier semestre 2017. Autrement dit, si l'on extrapole sur toute l'année, cela donne quelque 50 000 immigrants. L'asile a été exclu de la bonne nouvelle. On estime actuellement le nombre des demandeurs d'asile qui devraient arriver d'ici la fin de l'année entre 20 000 et 25 000. Cela donne en tout plus de 70 000 à 75 000 personnes, soit une croissance de la population totale proche de 1%. C'est presque deux fois plus qu'en Allemagne avant la grande vague de réfugiés.

En quoi cette nouvelle est-il si enthousiasmante? Je suis peut-être un peu dur à la détente. La NZZ se réjouit que la Suisse soit devenue apparemment moins attrayante pour les demandeurs d'emploi de l'UE. Cela mérite d'«être salué politiquement». Je ne trouve pas qu'il faille saluer politiquement, ou sur tout autre plan, le fait que la Suisse perde en attractivité et en capacité de prospérité à cause de l'immigration massive qui perdure. C'est le monde à l'envers: l'idéal de la NZZ est une Suisse sans attrait avec des frontières ouvertes. Je suis pour une Suisse attrayante, qui contrôle mieux ses frontières, et surtout qui se contrôle mieux.

Federer, chapeau!

L'ancien conseiller fédéral Adolf Ogi célèbre son 75e anniversaire. Je n'ai rien contre les hommages rendus à des vétérans de la politique, d'ailleurs, je l'apprécie aussi. Mais il est un peu étonnant de ne pas entendre une seule critique parmi ce concert de louanges. Ogi nous a mis dans un beau pétrin avec la NLFA, hors de prix et au service de l'UE. L'armée a été, sous sa direction, durablement réformée en dépit du bon sens. Si cela avait dépendu d’Ogi, la Suisse serait aujourd'hui membre de l'Union européenne. Il se rend probablement compte aujourd'hui que cela eût été l'une de ses plus grandes erreurs. Côté performance, Ogi est un génie des relations publiques, un maître hors pair de l'habillage, un brillant architecte, notamment de sa propre carrière. Difficile de savoir si la maison d'édition Ringier a fait main basse sur lui ou si c'est l'inverse. En tout cas, aucun autre homme politique n'a été de son vivant plus aimablement flatté et soutenu par le groupe de médias zurichois qui est capable, à l’occasion, de se montrer nettement moins amène (Blocher, Borer, etc.). Il ne s'agit pas ici de démolir Ogi, mais d'un plaidoyer contre le fait de le porter au pinacle. Je lui souhaite un joyeux anniversaire, à sa personne, et non à ce qu'en ont fait les médias où il est actuellement omniprésent.

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