Éditorial

Voyage en enfer

Terreur à Hambourg; coresponsabilité familiale pour Escher; petit arrangement entre camarades.

De Roger Köppel

La manière dont les politiciens allemands se penchent sur les débordements de violence de Hambourg dans les talk-shows a quelque chose d’effarant. Ce ne sont que péroraisons et conjectures, condamnations et stigmatisations. Tout le monde se tire d'affaire avec force discours, et personne ne dit l'essentiel: l'État allemand n'a absolument pas été à la hauteur de sa tâche. Il n'a pas réussi à protéger les citoyens de Hambourg d'une orgie de violence non seulement prévisible, mais annoncée. La sécurité est la mission première de l’État. Le gouvernement est garant de la sécurité. La cheffe du gouvernement, Angela Merkel, est responsable du gouvernement. Elle devrait démissionner.

  Que signifie responsabilité? Que la personne responsable doit en définitive endosser la responsabilité d'une erreur commise dans son domaine de compétences. Les médias et les politiciens prennent maintenant pour cible le maire de Hambourg, Olaf Scholz. Injustement. Vous ne pouvez pas déclarer un politicien local responsable quand il en va de la sécurité d'un méga-événement national auquel participent les dirigeants des principaux pays industrialisés du monde. Merkel voulait absolument que ce sommet se tienne à Hambourg. La responsabilité lui en revient. La responsabilité ne se partage pas. Merkel devrait partir.

  Les émeutes n'avaient rien d'un phénomène naturel. La manifestation «Welcome to Hell» a été un voyage en enfer annoncé. Les manifestants n'ont fait aucun mystère de leurs objectifs, et les autorités n'ont pas vu la nécessité d'interdire cette parade de haine. Peut-on encore parler de bêtise ou est-ce déjà un acte criminel? Elles auraient, bien sûr, été en mesure d'empêcher la violence. Les extrémistes de droite et les néo-nazis ne peuvent pas organiser un cours de bricolage sans que l'État allemand n’intervienne avec la plus grande fermeté. Quand c'est la gauche, les médias sont infiniment plus compréhensifs.

  C'est une mascarade: la sécurité des politiques participant au sommet a été assurée sans faille, mais de toute évidence, personne ne s'est préoccupé de celle des citoyens. Il a fallu des heures avant que la police ne stoppe les hordes de pillards et d'incendiaires. Les policiers ne sont arrivés sur place qu'une fois que leur présence n'était plus nécessaire au sommet des politiques. Les rues dévastées ne traduisent pas qu'une rage destructrice de la gauche. Elles incarnent aussi le fait qu'aujourd'hui le monde politique s'occupe d'abord de lui-même. Un sommet égocentrique.

Le magazine du Tages-Anzeiger est redevenu, comme par le passé, un porte-voix du moralisme de gauche et de l'indignation hypocrite. La semaine dernière, le journal a publié une histoire dont le but était de traîner dans la boue le pionnier de l'industrie suisse, Alfred Escher (1819-1882). Les auteurs ont présenté des preuves prétendant que la fortune d'Escher reposerait en partie sur le travail d'esclaves. Pas Escher en personne, mais son père aurait profité d'esclaves outre-mer. Le fils aurait en tant qu'héritier bénéficié de cette vilenie, en coresponsabilité familiale.

  Je ne sais si ces griefs sont justes. Quoi qu'il en soit, le célèbre biographe d'Escher, Joseph Jung, les dément. Sur le fond, je considère qu'il est évidemment légitime d'enquêter sur les familles de personnes illustres. Encore faudrait-il qu'il y ait un fondement de vérité et que le jugement porté soit équitable. Quiconque éclaire le monde d'hier avec la morale d'aujourd'hui n'a pas la recherche pour objectif, mais d’en tirer profit. La plupart temps, cela cache des intérêts financiers et politiques.

  C'est ici le cas: des politiciens zurichois de gauche envisagent déjà une intervention parlementaire, curieusement comme le Tages-Anzeiger le rapporte le jour même de la publication du texte sur Escher qui devrait en être à l’origine. Que demandent donc ces politiciens locaux de gauche proches de la rédaction? Une commission d'historiens qui devrait trouver la même chose que ce que l'article a mis au jour. Les motifs sont limpides: on aimerait se profiler et procurer à des historiens bienveillants une jolie commande de l'État. Au final, c'est une question d'enrichissement.

  Ironie de l'histoire, le coauteur des reproches adressés à Escher est précisément Res Strehle. Mais oui, l'ancien rédacteur en chef du Tages-Anzeiger qui a continué d'entretenir d'étroits liens et des sympathies, jusqu'à un âge avancé, avec des terroristes de gauche, pardon!, je voulais dire des combattants de la liberté, de gauche. Il leur a même permis de se réfugier dans sa communauté du Zürichberg. Jusqu'au jour d'aujourd'hui, Strehle, maître dans l'art de fouiller le passé des autres à grand renfort d'arguments moralisateurs, garde, évidemment, un silence de plomb sur son propre passé. La suffisance est aussi l'art de faire, à sa convenance, la lumière ou l'ombre sur sa propre conscience.

Simonetta Sommaruga mise sur d'anciens enseignants pour gérer le domaine de la migration. Elle a, par exemple, confié à l'ex-enseignant et collaborateur personnel, Vincenzo Mascioli, la fonction de vice-directeur du Secrétariat d'État aux migrations. Esther Maurer, ex-enseignante, devient également vice-directrice dudit Secrétariat d'État. Et ce, à l'âge tendre de soixante ans. Avec un salaire annuel proche du quart de million, plus la généreuse rente d'ancienne conseillère communale de Zurich, le travail au service de la Confédération de la sociale-démocrate est toutefois bien mieux rémunéré qu'une activité d'enseignant. Sans négliger, pour autant, les sept semaines de vacances et la belle rente complémentaire, auxquelles son nouveau poste lui donne droit. Ce qui qualifie aujourd'hui cette professionnelle de l'action caritative (Solidar Suisse) pour s'occuper de l'asile, personne ne le sait à coup sûr. Esther Maurer n'était absolument pas à la hauteur de sa fonction de responsable de la police et de la sécurité de Zurich. Son style de direction et de communication peu amène lui a valu la note «insuffisant».

            Ce sont maintenant les citoyennes et les citoyens suisses qui paieront les pots cassés du petit arrangement lucratif entre les camarades Sommaruga et Maurer. Autant ne pas s'attendre à ce que la nouvelle cheffe gère l'asile conformément à nos lois, mais plutôt selon la vision du monde de Solidar Suisse dirigé par Esther Maurer, qui estime qu’«à bien des égards, les migrant-e-s constituent le lien entre les pays riches et pauvres, qu’ils assurent des échanges culturels et l'équilibre économique par le biais du commerce et des rapatriements de fonds dans leur pays d'origine». La Confédération et les cantons assumeront en première ligne le coût de ces transferts de fonds, fruits de la politique d'asile. Au terme de cinq ans, ce seront les contribuables des communes. Mais dans cinq ans, Esther Maurer sera déjà à la retraite avec une rente très confortable.

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