Éditorial

Le Coran de Wolff

Islamistes à Zurich; l'Afrique à Bâle; Jean Ziegler, délit d'initié; réforme de l'AVS; diplomates suisses.

De Roger Köppel

Le conseiller municipal Richard Wolff, Liste alternative, se refuse à interdire «Lis!», la campagne de distribution du Coran, dans les rues et sur les places de Zurich, contrairement à la recommandation de la Direction de la sécurité de Mario Fehr (PS). Wolff est d'avis qu'une interdiction de distribution du Coran serait contraire aux «droits fondamentaux».Je suppose qu'il fait référence à la liberté d'expression. Wolff se trompe. Les gens derrière «Lis!» ne s'intéressent pas à la libre opinion. Il en va manifestement pour eux de la propagation d'une idéologie radicale, prête à user de violence, qui, si on l'a prend au sérieux, milite pour la liquidation du droit à la liberté d'expression. Les activistes de «Lis!» sont des sympathisants de l’organisation État islamique et s'occupent de personnes qui partent d'Allemagne et de Suisse pour aller faire le djihad. Wolff devrait faire cesser la distribution du Coran en argumentant que la Ville de Zurich ne doit pas laisser agir des ennemis de la société ouverte sur la voie publique. Cela ne violerait pas les principes de l'État de droit. L'État libéral doit traiter ce qui est semblable de manière identique et ce qui est dissemblable de manière différente: quiconque abuse de la liberté d'expression pour saper l'ordre qui garantit le droit à l'expression des opinions ne peut pas se prévaloir des droits fondamentaux de l'ordre qu'il veut supprimer.

Afrique: On parle partout de ce continent, comme à la grande conférence sur l'Afrique d'Angela Merkel à Berlin ou à la 7e Conférence européenne des études africaines à Bâle, qui débute le 29 juin, avec 1500 participants qui présenteront 1046 communications dans le cadre de 204 tables rondes thématiques. Qu'est-ce que cela change à la grande migration des populations du Sud? Rien. Sentiments de culpabilité et moralisme caractérisent les débats. Pourquoi nous n'avons pas la force de laisser l'Afrique se débrouiller? Ce n'est pas du cynisme, mais ce serait la seule solution raisonnable après des décennies d'aide au développement terriblement inefficace. Il y a cinquante ans, des pays comme le Congo ou le Ghana étaient plus riches que la Corée du Sud. Et oui, l'aide au développement corrompt: les Africains seraient stupides de développer des industries et des produits compétitifs, compte tenu des flux financiers dont ils bénéficient. Orientée par nos soins, leur créativité cible les mannes financières abondantes du Nord. Chaque bateau de migrants avec des Africains à son bord en Méditerranée incarne tragiquement l'échec de l'aide au développement. La conférence de Bâle fournira néanmoins toute une foule d'arguments justifiant de dilapider encore plus d'argent. Les bonnes âmes n'arrêteront que lorsque le dernier Africain aura émigré en Europe.

Jean Ziegler, membre de nombreux conseils d'administration et jadis soi-disant spécialiste de la restructuration d'entreprise avec sa propre société de conseil, doit rembourser 1,4 million de francs. L'Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (FINMA) a publié dans un communiqué de presse des cas graves en matière de délit d’initié. Le nom de Ziegler n'y est pas mentionné, mais les faits montrent clairement qu'il s'agit de l'éminent bénéficiaire de plusieurs millions. Ziegler était un «pompier» très bien considéré dans diverses entreprises en difficulté. Dans le cas du groupe Erb, il n'a pas agi en sauveteur, mais comme un exécuteur testamentaire qui a accompagné en soins palliatifs – si ce n'est, précipité – la grande entreprise chancelante de Winterthour vers la faillite. Ziegler a siégé quelque temps au conseil d'administration du gratuit .ch qui n’a pas marché. Il a également restructuré avec aussi peu de succès le groupe milliardaire OC Oerlikon, jadis très renommé, tout comme Charles Vögele. Qu'est-ce qui caractérise un bon aigrefin? Le fait que l'on ne le remarque pas.

L'assainissement du système de protection sociale est une question importante. Le Conseil fédéral et le Parlement ont tout juste réussi à imposer leur maillage volontairement complexe au Palais fédéral. Le 24 septembre, nous voterons sur la «Prévoyance vieillesse 2020». Je soupçonne les réformes des retraites d'être volontairement incompréhensibles pour que moins de gens les saisissent et puissent prendre position. Deux arguments simples plaident contre le texte soumis au vote du ministre des affaires sociales, Berset (PS). Premièrement, l'assainissement de l'AVS n'en est pas un, mais une extension. Les comptes de l'AVS sont dans le rouge depuis 2015. Néanmoins Berset veut imposer au système de prévoyance déficitaire 1,2 milliard de dépenses supplémentaires pour certains retraités. C'est à peu près comme si le conseil d'administration d'une société en faillite versait un gros dividende à ses actionnaires. De la folie. Deuxièmement, la réforme de l'AVS enchevêtre inextricablement l'AVS et le deuxième pilier. Le PS puise dans la prévoyance professionnelle pour gonfler l'AVS. C'est une erreur. À rejeter.

Il y a une question actuelle qui me préoccupe depuis longtemps. Comment se fait-il que des diplomates suisses aient négocié de si mauvais accords «bilatéraux» à Bruxelles au profit de l'Union européenne? Pourquoi ont-ils donné leur consentement – voire proposé – d'agréger au premier paquet d'accords avec l'UE une «clause guillotine» défavorable à la Suisse? Pourquoi passent-ils leur temps à quémander à genoux? Alors que la Suisse est le deuxième client de l'UE. Alors que les Suisse conduisent individuellement plus de voitures allemandes que les Allemands. Alors que le déficit de la balance commerciale dans le secteur des services s'élève pour la Suisse à des dizaines de milliards francs, ce qui signifie que l'UE peut exporter des services en Suisse à hauteur de ce montant. Pourquoi la diplomatie suisse n'est-elle pas à la hauteur de sa tâche? Voici quelques raisons possibles: les diplomates suisses veulent entrer dans l'UE. Les diplomates suisses veulent être aimés et ne pas heurter. Les diplomates suisses ne veulent pas mettre en péril leur carrière au sein du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) par des négociations inconfortables.

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