Éditorial

Migration: ma recette

Quelle immigration voulons-nous pour la Suisse?

De Roger Köppel

Quiconque se contente d'ouvrir les frontières sans continuer de contrôler par lui-même l'immigration récolte la xénophobie et le socialisme national. J'entends ici par socialisme national non pas l'hitlérisme, l'extermination des Juifs et la guerre mondiale, mais une politique dévastatrice de repli national et d'enfermement antilibéral de l'économie, une recette pour le déclin.

Nous l'observons déjà en Suisse. Depuis l'introduction de la désastreuse libre circulation des personnes il y a dix ans, la population résidente permanente a augmenté en chiffres nets d'environ 750 000 personnes, soit près de dix pour cent de la totalité des habitants. L'invasion fait grimper les prix de l'immobilier, surcharge les infrastructures, exerce une pression sur le marché du travail pour les nationaux et épuise le système de protection sociale.

L'excès de pression de l'extérieur produit un malaise et une surenchère réglementaire à l'intérieur. Il est clair que quiconque ouvre à tous vents son appartement avec un réfrigérateur plein est rapidement envahi et sa cuisine pleine à craquer. L'absence de contrôle à la porte d'entrée implique des réglementations et des interdictions pour faire régner l'ordre.

On ne peut pas avoir les deux à la fois: des frontières ouvertes et un accès libre aux marchés du travail; des frontières ouvertes et un État providence développé. Tel est le constat tiré par le prix Nobel d'économie Milton Friedman. À vrai dire, Friedman était favorable à l'ouverture des frontières parce qu'il en espérait l'abolition de l'État providence. Ceci est irréaliste. L'État providence est une conquête que nous ne devrions pas abandonner à la légère.

Le débat n'est pas mené honnêtement. Les utopistes de la migration menacent d'utiliser l'arme massive du moralisme. Ils traitent tous ceux qui veulent l'ordre aux frontières de xénophobes et de racistes. Alors que ce sont eux qui produisent le mécontentement par leur excès. Ils passent de surcroît sous silence que ce n'est pas la morale qui leur importe, mais des intérêts politiques ou économiques bien tangibles.

La gauche demande fébrilement encore plus d'immigration parce que cette drogue miracle les aide à imposer leur objectif socialiste de la réglementation économique totale. Les fanas de la migration à droite lorgnent tout aussi égoïstement sur une main-d'œuvre bon marché, puisée dans le vivier européen presque intarissable. Gauche et droite sont prêtes à sacrifier les intérêts de la Suisse au nom de leurs propres intérêts.

Il n'en demeure pas moins que l'immigration sans bornes est dommageable à la Suisse. Les conséquences pour l'économie et l'État providence ont déjà été soulevées. À cela viennent s'ajouter les répercussions imprévisibles sur la cohésion de la société. Les États fonctionnent parce que les citoyens agissent en groupe loyal à leur égard. C'est la raison pour laquelle ils sont prêts à accepter un certain degré de redistribution entre les différentes tranches de revenus, générations et cantons. Trop d'étrangers, en particulier issus de cultures autres, mettent en péril le tissu fragile de la solidarité nationale.

C'est sur cet arrière-plan que nous devons nous demander quelle immigration nous voulons. La Suisse est pauvre par nature. Elle ne peut pas se permettre le repli. Mais elle ne peut non plus se focaliser exclusivement sur le bloc continental de l'Europe. Nous sommes condamnés à nous ouvrir au monde, au demeurant, depuis des siècles. Il nous faut de l'immigration, mais mesurée et la bonne. Laquelle?

La libre circulation des personnes était une tentative. Elle nous est arrivée avec des promesses intenables. Plus de 80 000 à 100 000 nouveaux arrivants étrangers par an sont venus en Suisse, au lieu de 8000. Même dans les années moins fortes, ils étaient plus de 60 000. On a rempli un petit pays. Ce n'est pas un crime de corriger une mauvaise décision.

La politique fait de la libre circulation des personnes un dogme, une religion. Or elle n'est qu'un instrument qui n'a pas fait ses preuves. Nous avons besoin d'un meilleur instrument. Il y a des siècles, les dentistes opéraient avec des pinces, des scies et des marteaux. Est-ce qu'aujourd'hui quelqu'un se plaint de l'invention de meilleurs outils plus précis?

La libre circulation des personnes doit disparaître. Plus personne n'y croit dans l'UE. Les derniers fidèles siègent à Berne. Je suis favorable à ce que nous n’agissions plus sans discernement également en matière d'immigration, mais que nous utilisions des instruments de précision sur mesure. Peut-on encore se chamailler sérieusement à ce sujet?

Un think tank américain a récemment formulé une proposition en matière d'immigration, on devrait se limiter aux trois groupes de personnes suivants: les épouses, maris et enfants en bas âge des ressortissants; les professionnels hautement qualifiés qui comptent parmi les meilleurs dans leur domaine; les quelques rares réfugiés dont la vie est réellement menacée, qui ne peuvent pas être aidés sur place. Ce sont les seuls groupes qui doivent rester durablement dans le pays et peut-être obtenir la citoyenneté.

C'est raisonnable. On trouverait même une majorité en Suisse favorable à ces objectifs, même si en politique l'important n'est pas de trouver des majorités, mais de faire ce qui est juste.

La gauche s'en rend-elle compte? Ou ne veut-elle pas? Avec sa politique moralisatrice angélique aux frontières, elle finit par détruire sa plus grande conquête: l'État providence qu'elle devrait garantir.

Je suis pour une discussion honnête. Quelle immigration voulons-nous pour la Suisse? Pas de problème, si quelqu'un trouve ma suggestion mauvaise, mais mettons fin aux pseudo-débats. Jouez cartes sur table. J’accepte toutes les meilleures idées.

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