Éditorial

Stupide

L'ex-président du PLR sape les fondements radicaux de la Suisse.

De Roger Köppel

Cela ne se fait pas. À moins que…? A-t-on le droit de traiter de «stupide» un politicien, généralement considéré comme chevronné, membre de l'un des grands partis suisses, conseiller aux États, radical, du parti fondateur de l'État fédéral moderne de 1848, de la guerre du Sonderbund, Argovien, ancien président du parti, sans nul doute encore très populaire auprès de ses électeurs, interlocuteur permanent des médias, chouchou et source d'information intarissable de la presse à sensation?

Pire encore, a-t-on le droit de caricaturer ce célèbre stratège versatile et faiseur d'opinion en détournant le personnage tête à claques de la B. D. américaine d'Alfred E. Neumann en première page d'un hebdomadaire, et ce, dans l'intention de le critiquer? Inversons les termes de débat: on a bien sûr le droit de le faire et c'est même un devoir, dans ce cas. Philipp Müller, car c'est bien de lui dont il s'agit, est devenu un handicap pour son parti, mais surtout pour la Suisse et ses entreprises.

Appeler un chat un chat est un trait essentiel de la démocratie. On dit les choses telles qu'elles sont. Ce n'est pas manquer de respect, au contraire. Prendre les gens au sérieux, même leurs inepties, est une marque de respect. Et ce que Müller est en train de faire est une énorme bêtise. Il nuit au radicalisme et, éventuellement, massivement à la Suisse.

Je dis cela sans une once de malice ni de jubilation. Je ne suis pas un ennemi du PLR. Je n'appartiens pas à ce parti, mais je suis un radical convaincu, animé d'une pensée libérale, dont le libéralisme ne tombe toutefois pas du ciel, mais qui aimerait le voir se concrétiser dans ses incarnations institutionnelles de la démocratie directe, du fédéralisme et de la neutralité armée à la manière suisse.

Il y a quelque temps, je me serais dit libéral, mais je n'arrive pratiquement plus à prononcer ce mot, car de nos jours on est en gros «libéral» de Sahra Wagenknecht à Christa Markwalder. Cette dernière continue de vouloir faire sombrer la Suisse radicale-libérale, aussi incroyable soit-il, dans l'Union européenne, exact opposé par la forme et le fond de la Suisse, qui engloutirait celle-ci, si jamais nous devions commettre l'énorme bêtise d'adhérer à cette ânerie, comme le propose l'incorrigible Madame Markwalder.

Il faut aujourd'hui sauver le libéralisme des «libéraux». Voilà pourquoi je suis radical et opposé à Müller. Et ce, parce que le soi-disant radical Müller ne fait pas seulement échec au radicalisme. Il porte atteinte à la Suisse en sapant son principal pilier, l'autodétermination citoyenne. C'est l'État de droit que les radicaux ont inventé. L'État de droit signifie respecter le droit et ce sont le peuple et les cantons qui décident du droit. La Suisse est le seul pays au monde où les citoyens dictent leur loi – le devraient. Ce sont eux qui font les lois, pas Müller. Il les met en œuvre. Cette différence n'existe plus aux yeux de ce faux radical.

Et comme si cela ne suffisait pas, Müller est à la tête de ceux qui ne mettent pas en œuvre la décision populaire contre l'immigration de masse, qui veulent l'envoyer par le fond, bien qu'ils aient promis après la votation une application la plus fidèle possible. Il est à la tête de ceux qui, à chaque fois que Bruxelles sourcille, saisissent angoissés l'occasion de tourner le dos à la Constitution fédérale. La décision populaire contre l'immigration de masse n'était pas une décision populaire quelconque, mais un changement d'orientation en matière de politique européenne, qui réaffirme l'indépendance et l'autodétermination de la Suisse vis-à-vis de l'UE dans le domaine ultrasensible de l'immigration. Les radicaux de Müller ont notamment livré bataille pour cette autodétermination il y a plus de 150 ans. Pour plaire à la gauche et à l'UE, Müller remet en question l'autodétermination et, avec elle, la Suisse.

Sans compter que l'ancien président du PLR ne se contente pas d'enterrer la décision populaire initiale. Il veut transformer le mandat constitutionnel en vigueur de priorité des nationaux en une obligation pour l'entreprise de motiver par écrit lorsqu'elle n'embauche pas un chômeur national qui s'est présenté à elle. Hans-Ulrich Bigler (PLR), directeur de l'USAM, estime «pas complètement réussi» cet enterrement radical du marché libre de l'emploi, qui, bien sûr, ferait le bonheur de la gauche. S'il n'était pas si poli, mais direct comme son collègue de parti, il aurait qualifié en des termes bien différents les accointances de Müller avec la gauche.

Que se passe-t-il? On est fondé à penser que Müller veut devenir conseiller fédéral avec l'aide de la gauche. Coûte que coûte. Le raisonnement est logique. Et – justement – stupide. Il est stupide d'envoyer dans le mur son pays et son parti pour satisfaire des aspirations et des ambitions personnelles. Et c'est encore bien plus stupide, sauf votre respect, lorsque les répercussions de ses propres actions menacent au final les conditions indispensables à leur concrétisation. Müller est un radical. Il vit des réalisations historiques et du prestige accru de son parti qu'il met à mal en s'attaquant au pilier radical de l'État. Les radicaux s'en rendent-ils compte?

Müller n'est pas stupide. Il est intelligent, mais il agit stupidement, selon le dictionnaire «maladroitement, fâcheusement». Il est sensible, très sensible, l'équivalent d'une bombe humaine dégoupillée, toujours potentiellement prête à exploser. Il déteste la critique. Dans ce cas, il «fait la sourde oreille», tout comme son collègue aussi peu radical, Kurt Fluri de Soleure, et hypersensible, parce que toute critique de sa personne ne peut être par nature que stupide. Müller ne discute pas avec ses critiques. Considérer stupides les opinions de ceux qui pensent autrement que vous est l'une des caractéristiques de la stupidité. Le radicalisme me désole. Petra Gössi, la cheffe des radicaux, désavouée en permanence par les stupidités de son prédécesseur, me désole.

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