Jean-Pierre Gontard, depuis de longues années collaborateur du DFAE pour la diplomatie de crise en Colombie, aime bien se faire appeler professeur. A tort, puisque le Genevois „hispanophile“ (Jean Ziegler) n’a jamais soutenu de thèse. „Peut-être qu’il a trop joué les médiateurs et pas assez fait de recherches“, se moque un connaisseur de l’Institut universitaire d’études du développement (IUED) où le chargé de cours Gontard a enseigné l’économie du développement jusqu’à sa retraite il y a un an, occupant par ailleurs la fonction de directeur-adjoint, chargé de „projets spéciaux“.
Pépinière de spécialistes, choyé par le DFAE en vue de gérer différentes crises, l’IUED passait pour un bastion de la gauche. „Sur le plan idéologique, leur vision du monde en est resté à l’époque des régimes dictatoriaux opprimant les peuples,“ commente un professeur de droit genevois libéral. Les changements fondamentaux survenus en Amérique latine au lendemain de la Guerre froide sont passés inaperçus aux yeux de l’IUED – ou en tout cas on n’en tenait pas suffisamment compte. Par conséquent on continuait à sympathiser avec les mouvements révolutionnaires d’Amérique latine. Ceux-ci étaient considérés comme les bons, le camp du mal étant du côté du gouvernement. Comme nous le confiait un ancien collaborateur du DFAE, bon connaisseur de l’Institut, Gontard devait se sentir à l’aise dans ce climat qui correspondait à ses convictions imprégnées d’une empathie romantique à l’égard des peuples de l’hémisphère sud. L’émissaire qui devait se montrer neutre manquait de distance critique envers les Farc. Or, cette distance aurait été particulièrement utile pour maîtriser cet exercice d’équilibriste qu’était le rôle de médiateur dans la jungle colombienne.
C’est à Genève que l’ancien délégué du CICR qui avait dans les années 70 conseillé quelques jeunes gouvernements africains entre pour la première fois en contact avec les Farc. Comme l’a révélé le magazine L’hebdo il aurait suivi à l’IUED le travail de diplôme du frère du chef des Farc Alfonso Cano.
Les liens d’amitié et l’engagement professionnel se mélangent. Le Suisse d’origine française ne tardera d’ailleurs pas à se prévaloir du „rôle essentiel joué par l’IUED dans le rétablissement de la paix en Colombie.“ – par exemple dans un article paru dans le Bulletin annuel de la politique du développement : „En 1999 l’Institut a soumis plusieurs propositions au Département des affaires étrangères en vue de s’engager dans le processus de paix.“
Le DFAE avait alors accepté la proposition et a financé généreusement les offices colombiens de l’institut genevois. Rien que pour l’année dernière 200'000 francs ont été versés par le Département de Calmy-Rey sur les comptes de l’IUED. Une partie de cette somme, à savoir 60'000 francs, était destinée à Gontard, le reste étant réparti entre le secrétariat et les frais de voyage.
A l’avenir le DFAE devra trouver une autre solution lorsqu’il s’agira de confier à quelqu’un des missions diplomatiques spéciales. En effet, l’IUED n’existe plus. En janvier il a été fusionné avec l’Institut universitaire de hautes études internationales, plus grand, mais surtout plus libéral, plus ouvert sur le thème de la globalisation. Le nouvel Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID) a d’ores et déjà pris ses distances par rapport à des missions sur le terrain, préférant se concentrer uniquement sur le travail académique. „Nous avons d’autres objectifs“, déclare le directeur de l’Institut Philippe Burrin, l’activité diplomatique ne fait plus partie de notre stratégie.“ Selon lui, au cas où le DFAE souhaiterait encore poursuivre la collaboration avec Gontard, il devrait se mettre d’accord directement avec celui-ci.
Traduction: Martin Rizek
16.07.2008, Ausgabe 29/08
Dossier Colombie / Farc / DFAE
Les projets spéciaux de Monsieur Gontard (traduction française)
Qui est l'homme que le DFAE a chargé de rétablir la paix dans la jungle colombienne ?

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