Le 1er mars aura été une journée noire dans l’histoire des Fuerzas Armadas Revolutionarias de Colombia (Farc). Peu après minuit cinq bombes „intelligentes“ télécommandées ont explosé dans un camp de la guérilla colombienne. Le camp se trouvait à 1.8 km de la frontière équatorienne. 22 personnes ont été tuées lors de cette attaque nocturne des forces armées colombiennes. Parmi les victimes, les unités arrivées sur les lieux ont identifié le cadavre de Raul Reyes, le „ministre des affaires étrangères“ des Farc.
Pour la majorité des Colombiens la mort de Reyes qui passait pour le numéro deux de l’organisation a été une bonne nouvelle. Créées en 1964, les Farc avaient depuis tout perdu de leur ancienne aura romantique à la Robin des Bois. Si tant est que celle-ci ait jamais existé. L’organisation est dirigée par des marxistes orthodoxes, d’inspiration soviétique. Au plus tard dans les années 80 les Farc sont devenus un syndicat du crime dont les enlèvements, les raquettes et le trafic de drogue généraient un chiffre d’affaires annuel de plusieurs millions de dollars et ont causé la mort de dizaines de milliers de personnes. Sous le prétexte de la lutte des classes ils envoient des enfants au combat, couvrent de mines des régions entières et ne reculent pas même devant des attentats terroristes. 31 pays, dont les USA ainsi que les pays voisins de la Colombie, (mais pas la Suisse) considèrent les Farc comme une organisation terroriste comparable à Al-Qaida.
La mort de Reyes n’est qu’un des nombreux revers infligés ces derniers temps par le gouvernement colombien à la narco-guérilla. Ces succès militaires qui ont entraîné une baisse notable de la criminalité sont à l’origine de la popularité durable du président Alvaro Uribe que même ses adversaires sont obligés de reconnaître. Cependant l’attaque visant Reyes était un coup particulièrement réussi : dans son camp les troupes colombiennes ont trouvé trois ordinateurs portables qui conservent en quelque sorte la mémoire électronique des Farc. Plus de 11000 documents – courriels, images, plans stratégiques – ont offert aux enquêteurs une vue à l’intérieur de l’organisation.
La Suisse comme messager complaisant
La confiscation des ordinateurs a provoqué un véritable séisme politique. Ce dont on se doutait depuis longtemps, était désormais évident, noir sur blanc: les gouvernements des deux pays socialistes voisins, Equateur et Nicaragua, de même que le caudillo vénézuélien Hugo Chavez sont largement impliqués dans le trafic d’armes et de drogue des Farc.
Le coup intervient au moment même où, poussé par ses aspirations d’expansion continentale, Hugo Chavez voulait prendre le contrôle des Farc en pleine dégénérescence.
Les chefs de grouvernements compromis ont d’abord condamné sévèrement la violation de la frontière vénézuélienne par les forces colombiennes, ont rappelé leurs ambassadeurs et ont agité la menace de guerre et de représailles. Dans son émission hebdomadaire „Alo presidente“, Chavez a ordonné une minute de silence pour le héros tombé au front Reyes et a envoyé les blindés à la frontière avec la Colombie. Pour une fois la réalité a dépassé toutes les tentatives de diversion. Personne ne met plus en doute l’authenticité des données certifiées par les experts d’Interpol et qui renvoient à des événements bien réels.
Les données jettent une nouvelle lumière sur les négociations concernant la libération de dizaines d’otages parmi lesquels notamment la Franco-colombienne Ingrid Betancourt. L’élue verte avait été enlevée en 2002 avec sa secrétaire Clara Rojas et est sans doute l’otage le plus célèbre au monde. En Europe 200 comités de soutien oeuvrent pour la libération de Betancourt et pour une fin pacifique du „conflit interne“ en Colombie. Les gouvernements français successifs en ont toujours fait une affaire de prestige pour laquelle ils étaient prêts à payer cher : le président Sarkozy avait proposé au gouvernement colombien d’accueillir en France 500 combattants des Farc libérés des prisons colombiennes en échange de 57 otages.
Dans l’affaire des otages la Suisse joue en tant que médiateur „neutre“ un rôle primordial. Une analyse des messages internes des Farc (dont des extraits ont été mis à notre disposition) montrent clairement que pour les Farc une vraie solution au drame des otages n’a jamais figuré au premier plan. Bien plus, les „négociations“ en soi devaient procurer à l’organisation ayant subi plusieurs revers militaires une présence sur le plan politique international. Le DEA sous la direction de Micheline Calmy-Rey (PS) a assumé dans ce jeu de poker cynique le rôle d’un messager complaisant allant parfois jusqu’à perdre toute distance critique envers les ravisseurs.
Dès le mois de juin 2001, donc environ un an avant l’enlèvement de Betancourt, l’éventuel rôle de médiateur que pourrait jouer la Suisse était positivement évalué par le coordinateur des Farc en Europe Lucas Gualdron, installé à Lausanne. Dans un courriel envoyé à ses supérieurs à Cuba il écrivait: „Ils [Les Suisses] ont changé de politique de communication, ils ont abandonné leur profil bas au profit d’une politique de communication très agressive.“ La Suisse était ouverte aux intérêts des Farc et prête à organiser une rencontre „au plus haut niveau“.
Comme on peut l’apprendre dans le courriel en question, cette évaluation était basée essentiellement sur les entretiens avec le professeur Jean-Pierre Gontard. Jusqu’en 2007 co-directeur de l’Institut Universitaire d’Etudes du développement, co-financé par la Confédération et la ville de Genève, Gontard avait dès les années 90 et de sa propre initiative établi des contacts avec les Farc, et avec Reyes en particulier. Parmi les médiateurs internationaux il doit être celui qui a été le plus longuement en contact avec la guérilla. Déjà sous la direction de Joseph Deiss, le DEA avait engagé Gontard comme conseiller spécial, sous Calmy-Rey il est même devenu „conseiller personnel“ de la ministre pour le dossier des Farc.
Lors des premières négociations de paix dont l’échec a été annoncé le 20 février 2002, il n’avait pas encore eu de mandat officiel. Trois jours plus tard, les Farc enlèvent Ingrid Betancourt. Début mars ils prennent en otage treize députés colombiens. Dans un mail envoyé au secrétariat des Farc le commandant „Tirofijo“ (tir sûr), numéro 1 de l’organisation, avoue le but des enlèvements : „Maintenant ils [les gouvernements] frappent à toutes les portes et cherchent un moyen de nous parler. Avant tout les Nations unies, les ONG, le CICR, groupes de défense des droits de l’homme, ils veulent tous nous parler des otages et croient pouvoir faciliter leur libération. Mais ils ne se doutent pas encore des revendications que nous allons formuler.“ Du message de Tirofijo il ressort clairement que le commandant prévoit un long processus : „Comme vous le savez, le dialogue et les négociations avec le gouvernement Pastrana ont duré trois ans et demi. Tout compte fait, les résultats politiques et militaires étaient encourageants pour nous. [...] Les Nations Unies sont un organisme symbolique que personne ne respecte plus. Mais ils se montreront neutres à notre égard, ils nous aideront pour redorer leur image.“
En mai 2002 le candidat libéral Alvaro Uribe, prônant une ligne dure face aux Farc, remporte les élections présidentielles en Colombie. Peu de temps après, le professeur Gontard rencontre à Cuba Juan-Antonio, un haut dirigeant des Farc. Comme le rapporte Juan-Antonio dans un message à ses chefs, le secrétaire général de l’ONU Kofi Annan serait aux dires de Gontard très ouvert aux revendications des Farc et n’apprécie guère Uribe.
Visa suisse
D’après les messages de Juan-Antonio, le professeur affiche ouvertement ses sympathies pour les Farc et s’avère un habile conseiller pour tirer le meilleur profit des otages : „Le nouveau ministre des affaires étrangères en France, Dominique de Willepin (sic!) est un ami personnel de longue date d’Ingrid et d’après Gontard c’est le meilleur moment pour un petit jeu politique (jugadas politicas) pour creuser encore un peu plus le fossé séparant la France des Etats-Unis dans l’affaire colombienne. Une mesure adéquate dans ce contexte serait d’envoyer un signe de solution possible à la France pour justement renforcer encore cet antagonisme et en tirer un profit politique. Ingrid pourrait par exemple être libérée porteuse d’un message politique des Farc, préconisant la réconciliation nationale, l’échange [d’otages] et d’autres sujets; ce [document] serait diffusé dans le monde entier et aurait un large écho. Ce qui pourrait entraîner un revirement rapide dans la position de l’UE et d’autres pays.“ Le dernier point concerne le projet de l’UE de placer les Farc sur la liste des organisations terroristes.
D’après Juan-Antonio, Gontard est même prêt à lui procurer le visa suisse afin de lui permettre d’entrer en contact direct avec le CICR, le gouvernement suisse et l’ONU. Juan-Antonio aimerait faire un tour d’Europe. Gontard le met alors en garde contre les ennuis „juridiques“ qu’il pourrait rencontrer en dehors de la France et la Suisse.
Les Farc ont un objectif primordial : ils veulent qu’on les raye de la liste terroriste et qu’on les reconnaisse comme un parti belligérant dans un conflit interne. La France avait signalé après l’enlèvement d’Ingrid Betancourt son ouverture. La Suisse, elle, n’a aucun problème à reconnaître le dernier point puisqu’elle n’a jamais qualifié les Farc d’organisation terroriste. Et le DFEA, entre-temps dirigé par Micheline Calmy-Rey, n’envisage pas de changer quoi que ce soit à cette position, rassure Gontard les ravisseurs à plusieurs reprises.
Comme on peut le lire dans le „Plan d’action à moyen terme Deza HH Colombie 2007-2009“ la Suisse considère le „conflit armé“ en Colombie comme une situation de guerre dont „les protagonistes sont les forces de sécurité (armée, police) équipées avec l’appui des USA, les groupes paramilitaires […] et les deux organisations non gouvernementales Farc et ELN“. Cette formule compliquée montre sous une forme voilée la position de principe adoptée de manière conséquente par le DEA: celui-ci place aussi le gouvernement démocratiquement élu sur le même plan que la narco-guérilla.
Projet pilote Dialogue
Début 2003 la Confédération dépense 240 millions pour „oeuvrer pour la paix“. La Colombie fait l’objet d’un projet pilote servant à démontrer que la fin d’un conflit par le dialogue est possible. Le DFEA verse chaque année un subside d’environ un demi-million de francs à SUIPPCOL qui réunit plusieurs organisations caritatives actives en Colombie (Action de carême, EPER, Swissaid, Amnesty international, Groupe de travail Suisse-Colombie) et dont le travail est coordonné par Caritas.
L’attitude de SUIPPCOL face à la guérilla, telle qu’elle est exprimée dans ses communiqués et ses actions, correspond bien à celle du DFEA : on condamne en général les actions criminelles des Farc mais relativise en même temps leur gravité en décrivant en détail les exactions des milices paramilitaires, qui du coup en apparaissent comme bien plus graves. Selon cette doctrine bien répandue en Europe l’origine du problème se trouve dans l’injustice sociale. Cette formule est basée sur l’idée – contredite par la popularité d’Uribe – selon laquelle la guérilla bénéficierait du soutien de la population. Mais c’est confondre cause et effet: les paramilitaires dont la brutalité et la corruption sont certes incontestables ne sont pas la cause mais bel et bien la conséquence de la guérilla.
Après que la guérilla avait pendant des années mené en bateau tous ses prédécesseurs, leur proposant toujours de nouvelles négociations factices, Alvaro Uribe privilégie désormais l’option militaire. Il ne fait en réalité qu’appliquer la loi en vigueur (en Colombie le versement d’une rançon est même puni par la loi). Sous la pression des Européens, attachés à leur doctrine tiermondiste et misant sur le „dialogue“ avec les maîtres-chanteurs, Uribe avait finalement accepté d’accorder à la Suisse, la France et l’Espagne un mandat pour négocier avec les Farc. La Colombie souhaite conclure des accords de libre-échange, il faut donc soigner les bonnes relations avec le vieux Continent.
Le 29 juin 2004 le professeur genevois Jean-Pierre Gontard se rend dans la jungle au camp de Raul Reyes où il est reçu en tant que „conseiller personnel de la chancelière (sic!) Micheline Calmy-Rey“. Par la suite Le Nouvel Observateur parlera d’une expédition audacieuse. En réalité ce voyage n’est pas plus dangereux que n’importe quel safari. Car le ministre des affaires étrangères des Farc résidait à l’époque déjà de l’autre côté de la frontière, en territoire équatorien.
Raul Reyes envoie au secrétariat des Farc un rapport détaillé de sa rencontre de deux jours avec Gontard. Il se montre séduit par les Suisses qui résistent à la pression des „Gringos“ et considèrent les guérilleros comme „des combattants ou des insurgés.“ Le nouvel ambassadeur suisse auprès des Nations Unies, „Piter Maurer“, (Reyes cite ainsi Gontard) appartient au même parti que „la chancelière“ (Calmy-Rey) et pour les deux „une solution pacifique du conflit interne en Colombie relève de la plus haute priorité“.
Selon le compte rendu le professeur va jusqu’à donner à Reyes des conseils pour le jeu de poker avec les otages. Trois Américains qui venaient d’être enlevés par les Farc appartiennent selon Gontard „certainement à la CIA, les gouvernements qu’il représente n’ont aucun intérêt à leur libération“. Gontard a conseillé quand même à Reyes de ne pas les tuer, de „les garder bien en sécurité puisqu’ils pourraient encore très utiles à l’avenir“. Le Genevois lui aurait assuré que demander 100 millions de dollars en échange d’un cessez-le-feu d’une demi-année était tout à fait réaliste. Et de citer Gontard : „Il dit que Ingrid est un joyau (una joya) entre les mains des Farc parce qu’elle est très importante pour le gouvernement français.“
D’après ce mail Gontard aurait proposé aux Farc d’échanger dans un premier temps des soldats enlevés contre des guérilleros emprisonnés. Dans un deuxième temps Ingrid et quatre autres otages pourraient être libérés, sous l’égide de la Suisse et de la France. En récompense l’ONU offrirait aux Farc une tribune à Genève. Ce qui reviendrait à reconnaître les Farc comme parti belligérant.
Interrogé sur une éventuelle accréditation de représentants des Farc en Suisse, Gontard se serait montré très ouvert. Tout en suggérant que l’affaire se déroule dans une plus grande discrétion qu’au Mexique (où la même opération avait dû être annulée à la suite des protestations internationales).
Un Suisse transportant des fonds au profit de la guérilla
De façon inofficiel, un haut représentant des Farc est déjà depuis longtemps actif en Suisse: le susmentionné „Lucas Gualdron“ . En réalité cet homme s’appelle Omar Zabala, est âgé de 39 ans, est arrivé en Suisse en tant que demandeur d’asile et possède aujourd’hui le permis de séjour C. Les experts antiterroristes colombiens supposent que 80% des activités européennes des Farc - dont notamment les contacts avec d’autres organisations terroristes et trafic d’armes - passent par Gualdron.
Face au gouvernement colombien la Suisse a toujours soutenu qu’elle ne tolérait aucune représentation des Farc en Suisse. Les ordinateurs de Reyes prouvent le contraire : Gualdron se trouvait en contact permanent avec l’émissaire de Calmy-Rey, Gontard, et avait un lien direct au „ministre des affaires étrangères“ Reyes avec qui il communiquait régulièrement. Apparemment Reyes faisait pleinement confiance à Gualdron qui s’occupait aussi de ses fils vivant en Europe.
Fin 2005, Ingrid Betancourt et Clara Rojas se trouvent depuis bientôt quatre ans en captivité, Uribe retire provisoirement le mandat à la Suisse. Malgré les millions pour la paix versés par la Suisse, le „dialogue“ piétinait. Les Farc formulaient des revendications inadmissibles pour l’état colombien : une nouvelle constitution plus à son goût, fin de la politique économique libérale, libération de tous les prisonniers. En plus, le gouvernement devait déclarer 290 kilomètres carrés en zone démilitarisée. Dans les années 90 les Farc avaient profité sans vergogne d’une opération analogue pour réapprovisionner leurs stocks d’armes.
A Lausanne le professeur Gontard continue à négocier avec Gualdron, sans l’aval d’Uribe. Début 2006 Gualdron écrit à son chef que Gontard souhaite le rencontrer à nouveau dans la jungle. Une controverse à ce sujet aurait même eu lieu au sein du conseil fédéral. Voici l’analyse de Gualdron : „ La droite et actuellement aussi l’extrême droite ont pris place au gouvernement et exerce une pression sur Calmy-Rey qui malgré son obligation de représenter son pays montre une certaine sympathie pour notre cause, ce qui ressort bien de toute sa carrière politique : elle appartient à l’aile „la plus gauche“ des socialistes.“ Gontard était prêt à se rendre, à l’insu d’Uribe, en Equateur via Pérou, mais le conseil fédéral demandait au moins une invitation officielle de la part des Farc.
Les documents ne parlent pas d’une éventuelle rencontre en 2006, souhaitée par Gontard. Interrogé sur ce sujet, le DFEA n’a pas réagi aux questions de Weltwoche. En revanche un autre voyage de Gontard dans la jungle est bien documenté, au printemps 2007. Dans un courriel daté du 16 juin 2007 Reyes en informe son représentant à Lausanne. Mais cette fois-ci il ne dit rien du contenu des négociations. Le chef de la guérilla se montre plutôt amusé par la manière dont Gontard s’efforce de mettre en avant ses propres mérites. Plus loin, on apprend que Reyes a confié à Gontard une somme de 2000 dollars que le professeur a ensuite transmis à Gualdron. Telle est la dernière démarche documentée du médiateur „neutre“ suisse : transporter des fonds au profit de la narco-guérilla.
Par la suite, les rapports entre Gualdron et Gontard se refroidissent. Gualdron dit en avoir assez des appels incessants du professeur et a affirmé à Gontard que la Suisse avec ses multinationales (Glencor, Nestlé, banques) menait une „politique perverse“ dans son pays. La mission humanitaire n’était en réalité qu’une façade et même si Gontard avait une réelle sympathie pour nous, en fin de compte il ne poursuivait que des intérêts personnels. Le professeur avait besoin de réussite pour son institut. La réponse de Reyes est non moins méprisante : „Il [Gontard] croit que les Farc vont adopter ses propositions pour modifier leur ligne politique. Il n’a vraiment pas compris que nous sommes une organisation révolutionnaire.“
Un drame prolongé
Aux yeux des Farc la Suisse a rempli son rôle et peut désormais y mettre fin. En été 2007 le DFEA se retire des négociations, cédant la place au Caudillo vénézuélien Hugo Chavez. Ses intentions ne sont nullement de nature humanitaire comme Hugo Chavez aimerait le faire croire à la communauté internationale. La correspondance des ordinateurs de Reyes montre clairement que le Vénézuélien a promis aux Farc, très affaiblies, des livraisons d’armes et un soutien financier à hauteur de 300 millions de dollars. Hugo Chavez veut intégrer la guérilla au sein de sa „révolution bolivariste“ ayant pour objectif de transformer tout le subcontinent, de Rio Grande à la Terre de Feu, en un paradis socialiste selon la recette de Karl Marx et Fidel castro.
En janvier 2008 Clara Rojas est libérée. Dans les pages du Matin, Calmy-Rey déclare : „C’est nous qui avons préparé le terrain, rendant cette libération possible.“ On peut se demander sur quoi elle fonde cette analyse. L’action avait été préparée par Chavez, depuis plus de six mois la Suisse n’avait plus rien à voir avec cette affaire. Des hauts responsables politiques et militaires colombiens, souhaitant garder l’anonymat, sont au contraire d’avis que la Suisse et la France ont en fait prolongé le drame en se montrant disponibles face au chantage des Farc et en mettant ainsi l’état colombien sous pression.
Le coup militaire de la nuit du 1er mars 2008 contre Raul Reyes a marqué un tournant. Après un bref tollé de protestations, tous les gouvernements impliqués, Hugo Chavez en premier, se sont empressés de prendre des distances par rapport aux Farc. Dans son émission télévisée, Hugo Chavez dont les coups de girouette sont bien connus, a taxé les Farc d’un „vestige du siècle dernier qui a perdu toute sa raison d’être.“ Les preuves étaient trop évidentes pour pouvoir encore être niées par des vociférations quelconques. En échange la Colombie a renoncé à rendre publics d’autres détails des ordinateurs de Reyes.
Les Farc sont isolés sur le plan international et négocient directement avec les services secrets colombiens DAS. Aujourd’hui, leur principale revendication se borne à celle formulée à l’époque par Pablo Escobar : ne pas être extradé vers les Etats-Unis en raison du trafic de drogues.
Traduction: Martin Rizek
02.07.2008, Ausgabe 27/08
Dossier Colombie / Farc / DFEA
Au service des trafiquants d’hommes(traduction française)
Comme le révèlent des documents secrets, le Département suisse des affaires étrangères (DFEA) a soutenu les manoeuvres politiques de l’organisation terroriste colombienne FARC. Un émissaire de Micheline Calmy-Rey avait fait cause commune avec les ravisseurs. Le DFEA a même toléré une filiale des FARC en Suisse.

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